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Abandon du Nord : l’entraide masque le sous-financement

Des pompiers de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick et de la Colombie-Britannique débarquent en renfort dans le Nord québécois. On applaudit la solidarité interprovinciale, on salue le courage de ces travailleuses et travailleurs qui se jettent dans la fumée pour sauver des forêts et des communautés. Mais derrière cette belle histoire d’entraide se cache une réalité brutale : le Québec n’a jamais investi ce qu’il fallait pour protéger ses territoires nordiques. Depuis des décennies, on sous-finance la capacité locale, on néglige les infrastructures, on laisse les communautés autochtones et isolées se débrouiller avec des moyens de fortune. Quand tout flambe, on appelle les voisins à la rescousse et on fait semblant que c’était prévu comme ça.

Les mégafeux ne sont plus des anomalies : ils sont la nouvelle norme climatique. Chaque été désormais, le Nord brûle plus vite, plus fort, plus longtemps. Les saisons s’allongent, les sécheresses s’intensifient, les forêts deviennent des poudrières. Pourtant, rien n’a changé dans notre façon de gérer le territoire. On continue de couper dans les budgets de prévention, de limiter les effectifs permanents, de compter sur l’improvisation et la générosité des autres provinces pour colmater les brèches. Cette stratégie réactive est non seulement inefficace, elle est cruelle : elle expose les populations vulnérables, épuise les pompiers et laisse des milliers d’hectares partir en cendres.

Les communautés du Nord ne demandent pas la charité, elles réclament la justice. Elles veulent des équipes locales formées, équipées, rémunérées décemment. Elles veulent des casernes, des avions-citernes basés à proximité, des plans d’évacuation dignes de ce nom. Elles veulent qu’on cesse de les traiter comme des territoires sacrifiables, où l’État intervient seulement quand les images de catastrophe font le tour des réseaux sociaux. Chaque été, ce sont les mêmes récits d’angoisse : routes coupées, fumée toxique, familles déplacées, aînés isolés. Et chaque automne, les mêmes promesses creuses. Ce cycle doit cesser.

Le coût humain et écologique de cette négligence est vertigineux. Les pompiers venus d’ailleurs travaillent jusqu’à l’épuisement, loin de leurs proches, dans des conditions extrêmes. Les écosystèmes boréaux, essentiels à la régulation du climat, disparaissent sous les flammes. Les émissions de carbone des incendies annulent des années d’efforts climatiques. Et pendant ce temps, Québec continue de subventionner l’industrie fossile, de couper dans les services publics, de refuser d’investir massivement dans l’adaptation climatique. On préfère gérer l’urgence que prévenir la catastrophe, parce que la prévention coûte cher et ne fait pas de bonnes photos.

L’entraide, c’est beau. Mais l’entraide ne doit jamais servir d’excuse à l’abandon politique. Si on veut vraiment protéger le Nord, il faut un plan structurel : financement récurrent pour les services d’incendie locaux, embauche massive de personnel permanent, infrastructures adaptées au climat qui vient, reconnaissance des savoirs autochtones en gestion des feux, et surtout, un virage radical vers la décarbonation. Les communautés nordiques ne méritent pas d’être des zones sinistrées saisonnières. Elles méritent d’être défendues avec la même énergie qu’on met à défendre les quartiers riches du centre-ville. Le feu révèle toujours qui compte vraiment aux yeux du pouvoir. Et pour l’instant, le Nord ne compte pas assez.

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