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Écoles fermées pour le cyclisme : critique sociale à Montréal

Fermer des écoles pour faire passer des vélos de course. Voilà où nous en sommes rendus : sacrifier l’éducation de centaines d’enfants à Verdun et Outremont pour que Montréal se donne en spectacle lors des Championnats du monde de cyclisme. Cette décision, dénoncée comme une aberration par des associations de parents, révèle une fois de plus que nos institutions publiques servent d’abord à polir l’image de la ville, non à servir celles et ceux qui y vivent. Pendant que les cyclistes professionnels roulent pour la gloire et les caméras, des familles doivent se démener pour trouver une garderie de fortune, des parents jonglent avec leur horaire de travail, et le personnel scolaire voit son labeur institutionnel balayé d’un trait de plume administratif.

Ce n’est pas un simple désagrément logistique : c’est un choix politique. Un choix qui dit clairement que le prestige international prime sur le droit fondamental à l’éducation. Les élèves, déjà fragilisés par des années de pandémie, de sous-financement chronique et d’infrastructures délabrées, sont priés de céder la place pour un événement dont ils ne tireront aucun bénéfice tangible. Pendant ce temps, on nous vendra l’idée que Montréal rayonne, qu’elle se positionne sur la scène mondiale, comme si ce rayonnement valait la peine de déstabiliser le quotidien de centaines de familles, majoritairement issues de quartiers populaires.

Cet épisode s’inscrit dans une tendance lourde : celle de la gouvernance par événements. Festivals, courses, sommets – tout ce qui brille et attire les touristes devient prioritaire, tandis que les services publics essentiels continuent de s’effriter. Les écoles manquent de ressources, les classes débordent, les profs sont épuisés, mais qu’importe : il faut faire de la place pour le Grand Prix, pour les Championnats, pour la Formule E. Cette logique événementielle transforme la ville en une vitrine perpétuelle où les citoyens ne sont que des figurants corvéables, convoqués à applaudir ou à s’effacer selon les besoins du spectacle.

Qui paie vraiment pour cette vitrine? Les parents précaires qui perdent une journée de salaire, les mères monoparentales qui doivent improviser une garde d’urgence, les enseignantes qui voient leur planification sabotée, les enfants à qui on apprend, une fois de plus, que leur éducation peut attendre. Ce ne sont pas les organisateurs ni les commanditaires corporatifs qui assumeront ces coûts invisibles. Cette injustice sociale, banalisée sous couvert de « contraintes logistiques », est le reflet d’un système qui valorise l’image avant le bien commun, le clinquant avant le quotidien, le capital symbolique avant les besoins humains réels.

Il est temps de nommer cette aberration pour ce qu’elle est : un mépris institutionnalisé envers les familles et l’école publique. Si Montréal veut vraiment rayonner, qu’elle commence par garantir des écoles accessibles, bien financées, ouvertes tous les jours de l’année scolaire. Qu’elle cesse de traiter ses enfants comme des variables d’ajustement dans une équation de prestige. Fermer des écoles pour une course de vélos, c’est choisir le spectacle contre l’éducation. Et ce choix, nous devons le refuser collectivement.

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