Camille_Dufresne_2026-07-08_OTAN_milliards_pour_la_guerre_miettes_pour_vivre

Dépenses militaires OTAN : milliards pour la guerre, vies sacrifiées

Les pays européens de l’OTAN et le Canada vont augmenter leurs dépenses militaires de 11 % en 2026. Onze pour cent. Pendant que des dizaines de milliers de personnes dorment dans la rue, que les urgences débordent, que les écoles tombent en ruines et que la planète brûle, nos gouvernements trouvent miraculeusement des milliards pour acheter des chars, des avions de chasse et des systèmes de missiles. Le discours est rodé : « sécurité », « menace », « défense collective ». Mais de quelle sécurité parle-t-on quand un logement décent devient un luxe inaccessible, quand les services publics s’effondrent sous les compressions, quand les catastrophes climatiques se multiplient sans qu’aucun plan d’urgence ne soit déployé à la hauteur ? Cette escalade militaire ne protège personne, sauf les profits des industriels de l’armement et les intérêts géopolitiques des puissances occidentales.

Derrière ce réarmement massif se cache une vaste opération de normalisation de la logique de guerre. Les médias mainstream relaient sans sourciller les communiqués de l’OTAN, les think tanks atlantistes multiplient les rapports anxiogènes, et les gouvernements justifient chaque nouvelle dépense par un ennemi extérieur fantasmé ou instrumentalisé. Cette rhétorique martiale sert à détourner l’attention des véritables causes d’insécurité : la précarité économique, les inégalités croissantes, la crise écologique. Pendant ce temps, les contrats d’armement pleuvent : Lockheed Martin, BAE Systems, Thales, General Dynamics. Ces multinationales engrangent des profits records, leurs actions s’envolent en bourse, et leurs lobbyistes hantent les couloirs du pouvoir pour garantir que le robinet reste ouvert. La guerre, ou du moins sa préparation permanente, est devenue une industrie florissante, un moteur économique que personne au sommet ne veut ralentir.

Le contraste est obscène. Pendant que le Canada s’apprête à débourser des milliards supplémentaires pour satisfaire les exigences de l’OTAN, des milliers de familles attendent des années pour un logement social. Les hôpitaux manquent de personnel, les enseignant·es achètent des fournitures de leur poche, et les infrastructures de transport collectif se délabrent. En Europe, c’est pareil : l’austérité pour les services publics, l’abondance pour les arsenaux. Les fonds qui pourraient financer une transition écologique juste, des programmes de logement universel, des soins de santé accessibles à toutes et tous, sont détournés vers des systèmes d’armement qui ne serviront qu’à perpétuer la violence et la domination impériale. Ce choix politique n’a rien de naturel ni d’inévitable : c’est une décision consciente de sacrifier le bien-être collectif sur l’autel du militarisme.

Qui profite de cette course aux armements ? Les PDG des entreprises de défense, les actionnaires, les consultants en stratégie militaire, les banques qui financent les contrats juteux. Qui paie ? Les contribuables, évidemment, mais aussi et surtout les plus vulnérables : les personnes racisées, les femmes, les travailleuses et travailleurs précaires, les locataires expulsé·es, les jeunes qui héritent d’un monde en feu. Et au-delà de nos frontières, ce sont les populations du Sud global qui subissent les conséquences de cette militarisation : interventions armées, déstabilisation politique, pillage des ressources, ventes d’armes qui alimentent des conflits sans fin. Le réarmement de l’OTAN n’est pas une réponse défensive, c’est une stratégie offensive de maintien de l’ordre néolibéral mondial, quitte à écraser quiconque se met en travers.

La véritable sécurité ne viendra jamais des arsenaux nucléaires ni des budgets militaires gonflés. Elle passe par la justice sociale, par des investissements massifs dans les services publics, par la diplomatie et la coopération internationale, par la prévention des crises plutôt que par leur exploitation. Elle passe par un désarmement progressif, par la reconversion des industries de guerre en secteurs écologiques et socialement utiles, par la redistribution des richesses accaparées par une minorité. Tant que nos gouvernements préféreront nourrir la machine de guerre plutôt que de répondre aux besoins réels des populations, l’insécurité ne fera que croître. Et tant que nous accepterons ce détournement criminel de nos ressources collectives, nous serons complices de notre propre appauvrissement. Il est temps de dire non à cette escalade, de réclamer haut et fort que nos milliards servent à construire la paix, pas à préparer la prochaine catastrophe.

PARTAGER CET ARTICLE

COMMENT NOUS SUPPORTER ?

Abonnez-vous à notre Patreon.