Camille-Dufresne_2026-07-12_refus_du_surmenage

Paramédics de la Montérégie : le refus du surmenage devient politique

Les paramédics de la Montérégie viennent de claquer la porte du temps supplémentaire obligatoire, et cette grève du zèle sonne comme un cri de survie. Depuis le 7 janvier, ces travailleuses et travailleurs de l’urgence refusent les heures sup’ imposées par leur employeur, Corporation d’urgences-santé. Pas par caprice syndical, mais parce que leurs corps craquent, leurs familles s’effritent et que le système les broie depuis trop longtemps. Dans un métier où chaque minute compte pour sauver des vies, c’est précisément le surmenage chronique qui tue — autant les soignant·es que la qualité des soins. Ce refus collectif n’est pas un abandon : c’est un acte de résistance face à une machine publique qui carbure à l’épuisement programmé.

Derrière cette mobilisation se cache une réalité administrative scandaleuse : la convention collective des paramédics est échue depuis trois ans. Trois années pendant lesquelles la direction a multiplié les heures supplémentaires obligatoires sans négocier de vraies solutions structurelles, sans embaucher massivement, sans reconnaître la charge mentale et physique du métier. Le syndicat dénonce un système où l’on préfère pressurer les effectifs existants plutôt que d’investir dans des conditions décentes et un recrutement digne. Cette logique comptable transforme des professionnel·les en variables d’ajustement budgétaire, comme si on pouvait indéfiniment tirer sur l’élastique humain sans qu’il casse. La colère des paramédics est lucide : iels savent que leur épuisement n’est pas un accident, mais une stratégie politique.

Les conséquences concrètes de cette crise éclatent au grand jour. À Longueuil et ailleurs en Montérégie, les délais d’intervention s’allongent dangereusement. Des ambulances stationnent hors service faute de personnel disponible, des patient·es attendent sur le carreau, des transferts inter-hospitaliers sont retardés. Ce n’est pas la grève qui paralyse le réseau : c’est l’effondrement d’un modèle qui repose depuis des années sur le dévouement sacrificiel des paramédics. Quand la base refuse enfin de se sacrifier, c’est tout le château de cartes qui s’écroule. Les régions, déjà mal desservies, payent le prix fort d’une gestion centralisée qui ignore les réalités du terrain et traite les urgences comme une ligne budgétaire parmi d’autres.

Cette crise révèle une logique plus large : celle du surmenage institutionnalisé dans les services publics québécois. Santé, éducation, services sociaux — partout, on exige que les travailleuses et travailleurs compensent par leur temps et leur santé les coupes et la sous-dotation chronique. On célèbre leur «résilience» pendant qu’on refuse de financer adéquatement leurs milieux. Les paramédics de la Montérégie nomment cette violence systémique : leur refus des heures sup’ est un refus de cautionner plus longtemps un système qui fait du burn-out une norme de gestion. C’est aussi un rappel brutal que les services publics ne tiennent pas par magie, mais grâce au travail humain — et que ce travail a des limites physiques, psychologiques, éthiques.

Ce que ce conflit met à nu, c’est la faillite d’un contrat social québécois qui prétend valoriser les services publics tout en les gérant comme des entreprises privées à rentabiliser. Les paramédics, ces héros et héroïnes de l’urgence qu’on applaudissait pendant la pandémie, sont aujourd’hui traité·es en obstacles à l’efficacité budgétaire. Leur lutte interroge frontalement : quelle société accepte que ses soignant·es s’épuisent pour sauver l’argent de l’État? Quelle démocratie tolère que ses services essentiels s’effondrent faute de respect pour celles et ceux qui les font tourner? La colère paramédicale est un miroir tendu au Québec : si nous laissons brûler nos travailleuses et travailleurs de l’ombre, nous brûlons aussi notre capacité collective à prendre soin. Et ce feu-là, aucune ambulance ne viendra l’éteindre.

PARTAGER CET ARTICLE

COMMENT NOUS SUPPORTER ?

Abonnez-vous à notre Patreon.