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Pollution automobile : des milliers de morts évitables

Une nouvelle étude de l’Université McGill vient de chiffrer l’inacceptable : à Montréal et Toronto, des milliers de vies pourraient être sauvées chaque année si on réduisait les émissions des véhicules qui asphyxient nos villes. Pas dans vingt ans, pas après la prochaine consultation publique — maintenant. Pendant que les gouvernements traînent les pieds et négocient avec les pétrolières, des gens meurent prématurément dans les quartiers coincés entre l’autoroute Métropolitaine et le boulevard Décarie, dans les tours HLM de Rosemont ou près du port de Montréal. Le lien entre pollution automobile et santé publique n’est plus une hypothèse scientifique abstraite : c’est une réalité mortelle qui frappe les plus pauvres, ceux qui n’ont pas les moyens de fuir vers les banlieues verdoyantes.

Les chercheuses et chercheurs de McGill ont calculé que chaque tonne de CO₂ et de particules fines non émise se traduit par des vies prolongées, des hospitalisations évitées, des enfants qui respirent mieux. Pourtant, le parc automobile canadien continue d’enfler, gavé de VUS et de pickups énergivores, pendant que le transport en commun agonise faute d’investissements structurants. Cette inaction n’est pas un accident : c’est un choix politique qui protège les profits de l’industrie automobile et pétrolière au détriment de la santé collective. Les quartiers ouvriers et racisés, ceux qui longent les axes routiers et industriels, paient le prix fort de cette complicité tranquille entre État et capital fossile.

On nous dit que la transition écologique coûte cher, qu’il faut ménager l’économie, qu’on ne peut pas brusquer les choses. Mensonge. Ce qui coûte cher, ce sont les décès prématurés, les urgences saturées, les années de vie volées à des travailleuses et travailleurs qui n’ont jamais eu d’autre choix que de vivre près des artères polluées. Les bénéfices économiques d’une transition rapide — électrification massive du transport collectif, réduction drastique du trafic automobile, réaménagement urbain au profit des piétons et cyclistes — seraient immédiats et mesurables. Mais ces gains profiteraient au public, pas aux actionnaires de l’industrie automobile, et c’est là que le bât blesse pour nos élites politiques.

L’étude de McGill devrait provoquer un électrochoc, forcer Québec et Ottawa à agir avec l’urgence que mérite une crise sanitaire. Au lieu de subventionner encore les constructeurs automobiles ou de repousser les normes d’émissions sous la pression du lobby, il faut investir massivement dans les infrastructures de transport propre : tramways, métros, trains de banlieue, pistes cyclables sécuritaires. Il faut aussi repenser l’aménagement du territoire pour rapprocher emplois et logements, réduire la dépendance à l’auto, protéger les populations déjà surexposées. Ces mesures existent, elles sont documentées, elles marchent ailleurs. Ce qui manque, c’est la volonté politique de briser le pacte avec l’industrie fossile.

Chaque jour perdu, c’est des vies perdues. Les militant·es climatiques, les organismes communautaires, les citoyen·nes des quartiers asphyxiés le savent depuis longtemps : la transition écologique n’est pas qu’une question d’ours polaires ou de glaciers lointains, c’est une lutte pour la justice sociale et la santé publique ici et maintenant. L’étude de McGill leur donne raison, encore une fois. À nous, collectivement, de transformer ce savoir en action, de refuser que des milliers de nos voisin·es continuent de crever en silence pour que l’économie du char-roi roule tranquille. La transition juste et urgente, celle qui sauve des vies d’abord, c’est maintenant ou jamais.

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