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Sécurité routière à Montréal : la dixième vie fauchée

Le mercredi 23 juillet, un homme de 65 ans pédalait au centre-ville de Montréal quand sa vie s’est brutalement arrêtée sous les roues d’un véhicule. Ce cycliste, dont le nom n’a pas encore été rendu public par respect pour la famille, devient la dixième victime mortelle d’une collision routière cette année dans la métropole. Derrière ce chiffre froid se cache une histoire humaine : celle d’un citoyen qui avait simplement choisi de se déplacer à vélo, peut-être pour rejoindre ses proches, faire une course ou profiter de l’été. Sa mort soulève une question déchirante que posent désormais trop de familles endeuillées : pourquoi nos rues continuent-elles de tuer?

Les défenseurs de la sécurité routière le répètent depuis des années : ces tragédies ne sont pas des accidents, ce sont des conséquences prévisibles d’un aménagement urbain qui privilégie la vitesse automobile au détriment de la vie humaine. « Chaque décès sur nos routes est évitable », affirme Magali Bebronne, porte-parole de Piétons Québec, jointe après l’annonce du drame. « On sait ce qui fonctionne : des pistes cyclables protégées, des limites de vitesse réduites, des aménagements qui ralentissent naturellement la circulation. Mais on préfère attendre qu’il y ait des morts avant d’agir. » Cette collision survient dans un contexte où les infrastructures cyclables demeurent fragmentées, discontinues, souvent réduites à de simples pictogrammes peints au sol qui offrent peu de protection réelle.

Ce cycliste de 65 ans rejoint une liste tragique qui s’allonge année après année. En 2025, Montréal a connu 12 décès de cyclistes ou piétons, et l’année précédente, 14. Derrière chaque statistique, il y a un visage, une histoire, des proches qui pleurent. Des militants réclament depuis longtemps une Vision Zéro véritable, pas seulement un slogan politique, mais un engagement concret avec des budgets, des échéanciers et des transformations urbaines ambitieuses. « On parle de droits fondamentaux ici », souligne Jeanne Robin, urbaniste et militante pour la mobilité durable. « Se déplacer sans risquer sa vie, c’est la base d’une société civilisée. Mais nos villes sont encore conçues comme si la voiture était reine et que les autres usagers devaient simplement faire attention. »

L’intersection où est survenue la collision n’avait pas de piste cyclable protégée, seulement une bande peinte partagée avec la circulation automobile. Ce type d’aménagement minimal offre une illusion de sécurité sans réellement protéger les cyclistes des véhicules lourds circulant à grande vitesse. Les experts en sécurité routière insistent : les infrastructures doivent physiquement séparer les modes de transport vulnérables des voitures. Des bollards, des bordures surélevées, des îlots protecteurs peuvent faire la différence entre la vie et la mort. Pourtant, la Ville tarde à généraliser ces mesures éprouvées ailleurs dans le monde, invoquant souvent des contraintes budgétaires ou des délais administratifs. Pendant ce temps, les familles pleurent.

Alors que les proches de cet homme de 65 ans se préparent à vivre l’impensable, la collectivité doit se poser une question essentielle : combien de vies faudra-t-il encore perdre avant que nos élus agissent avec l’urgence que mérite cette crise? Chaque décès sur nos routes devrait provoquer une onde de choc politique, une remise en question profonde de nos priorités urbaines. Car derrière chaque collision mortelle, il n’y a pas seulement une victime, mais une famille brisée, une communauté endeuillée et une ville qui a failli à son devoir fondamental de protéger ses citoyens. Le droit de circuler en sécurité ne devrait jamais être un privilège réservé aux automobilistes, mais un droit universel garanti par des infrastructures dignes de ce nom.

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