Transat A.T. annonce une perte de 106 millions au troisième trimestre, plombée par des coûts de carburant qui explosent et une gestion défaillante. Réponse du fédéral? Un chèque de 250 millions de dollars tiré directement de nos poches collectives. Encore une fois, l’État canadien se précipite pour sauver une entreprise privée sans exiger la moindre transformation écologique en retour. Pas de conditions, pas d’échéancier de décarbonation, pas de plan pour sortir du kérosène. Juste un renflouement rapide et silencieux pendant que les travailleuses et travailleurs attendent des mois pour leurs prestations d’assurance-emploi et que les hôpitaux crient famine.
Ce réflexe de socialisation des pertes illustre parfaitement l’hypocrisie de notre système économique: les profits restent privés quand tout va bien, mais dès qu’une compagnie vacille, c’est la collectivité qui paie la facture. Transat encaisse nos impôts sans qu’on lui impose de virage vers des carburants alternatifs, de réduction de vols courts-courriers remplaçables par train, ou d’investissement massif dans la recherche pour un transport aérien sobre en carbone. Le transport aérien représente environ 3% des émissions mondiales de GES, mais il croît plus vite que tout autre secteur. Pendant ce temps, Ottawa préfère jouer les pompiers financiers plutôt que d’exiger une véritable révolution verte.
Le double standard crève les yeux: quand une entreprise tosse, l’argent arrive en quelques semaines. Quand des milliers de ménages réclament des logements sociaux, des garderies accessibles ou un revenu décent, on leur sert la rengaine de l’austérité budgétaire. Les étudiantes en grève climatique se font traiter d’utopistes, mais Transat reçoit un quart de milliard sans qu’on lève un sourcil. Cette vitesse à deux poids deux mesures révèle qui compte vraiment aux yeux de nos gouvernements: non pas la population qui subit la crise climatique, mais les actionnaires et dirigeants qui carburent au fossile sans jamais rendre de comptes.
Toute aide publique devrait être conditionnelle à des engagements climatiques contraignants et vérifiables. Subventionner Transat sans l’obliger à réduire drastiquement son empreinte carbone, c’est financer directement la catastrophe écologique. On aurait pu exiger un plan chiffré de décarbonation sur cinq ans, une compensation carbone obligatoire sur chaque billet, un moratoire sur l’expansion des vols intérieurs là où le train est viable, ou encore un transfert de technologie vers des carburants durables. Rien de tout ça. L’État se contente d’être la police d’assurance gratuite du capitalisme fossile, pendant que les jeunes héritent d’un climat en ruine.
Le cas Transat résume à lui seul la faillite morale de notre modèle économique. Nous vivons sous un capitalisme où les risques sont collectivisés et les bénéfices privatisés, où l’urgence climatique se heurte à la lenteur bureaucratique dès qu’il s’agit d’imposer des limites au profit. Ce n’est pas un bug, c’est une fonctionnalité du système. Tant qu’on acceptera de renflouer sans transformer, de subventionner sans contraindre, on restera coincés dans cette spirale mortifère. La vraie question n’est plus de savoir si Transat survivra, mais si nous survivrons à un État qui protège les pollueurs plutôt que le vivant.





