Québec solidaire vient de tracer une ligne claire dans le béton: aucun troisième lien routier entre Québec et Lévis, peu importe l’emballage. Pendant que la CAQ et les lobbys pro-auto recyclent leurs vieux arguments sur la fluidité et le développement économique, QS rappelle une vérité que les promoteurs détestent entendre: construire plus de routes, c’est générer plus de trafic, plus d’étalement urbain, plus d’émissions. Ce refus catégorique n’est pas de l’obstination idéologique, c’est de la cohérence éco-socialiste. Parce qu’un projet de société digne de 2026 ne se mesure pas en kilomètres d’asphalte, mais en accessibilité collective, en justice climatique et en qualité de vie pour toutes et tous.
L’argument massue des partisans du troisième lien tient en une phrase magique: « ça va désengorger ». Sauf que cette promesse est un mensonge documenté depuis des décennies par tous les experts en mobilité. Chaque nouvelle infrastructure routière induit de la demande: les gens déménagent plus loin, font plus de trajets, revendent leur passe de bus. Résultat? Dans cinq ans, on se retrouve avec le même bouchon, mais plus gros, plus polluant, et avec une facture de plusieurs milliards que nos enfants paieront. Le modèle routier n’est pas une solution, c’est une addiction qu’on finance avec l’argent public pendant que le transport collectif agonise, sous-financé et méprisé.
Qui gagne vraiment dans cette histoire? Certainement pas la mère monoparentale de Limoilou qui attend le bus sous la pluie, ni les jeunes de Lévis qui rêvent d’un tramway digne de ce nom. Les gagnants, ce sont les promoteurs immobiliers qui salivent déjà devant les nouvelles banlieues à construire, les firmes de génie-conseil qui empochent les contrats juteux, et les automobilistes aisés qui veulent leur confort individuel subventionné par la collectivité. Pendant ce temps, les quartiers centraux suffoquent, les terres agricoles disparaissent sous les développements résidentiels, et nos cibles climatiques deviennent une blague cynique. Le troisième lien, c’est le triomphe de l’injustice territoriale: privatiser les bénéfices, socialiser les coûts environnementaux.
Parlons chiffres et climat. Un troisième lien routier, c’est des milliards engloutis dans une infrastructure du passé alors que le GIEC hurle qu’on a moins de dix ans pour transformer radicalement nos modes de vie. C’est des tonnes de GES supplémentaires chaque année, générées par des déplacements qu’on aurait pu éviter avec un vrai réseau de transport collectif structurant. C’est aussi l’étalement urbain accéléré, la destruction d’écosystèmes, la dépendance automobile ancrée pour deux générations. Chaque dollar investi dans l’asphalte, c’est un dollar qu’on ne met pas dans le train, le tramway, les pistes cyclables sécuritaires ou l’électrification des autobus. Cette logique comptable est mortifère, et QS a raison de la dénoncer sans compromis.
La vraie question, celle qu’on devrait poser collectivement, c’est: quel territoire voulons-nous habiter en 2050? Des corridors autoroutiers saturés entre des banlieues dortoirs, ou des communautés vivantes, connectées par des transports accessibles, abordables et écologiques? QS rappelle que la mobilité durable existe: elle s’appelle tramway, train de banlieue, réseau d’autobus électriques fréquents, aménagement cyclable ambitieux. Elle demande du courage politique, une rupture avec les lobbys de l’automobile et de la construction. Le refus du troisième lien n’est pas un blocage, c’est une ouverture vers un autre modèle d’aménagement, un modèle qui respecte le climat, réduit les inégalités et redonne aux gens le droit de vivre sans être enchaînés à leur char. C’est ça, un vrai projet de société.





