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Rentrée scolaire à LaSalle : quand l’accès aux études devient un privilège

Les couloirs du Collège LaSalle auraient dû vibrer de l’énergie habituelle des rentrées : sacs à dos neufs, carnets vierges, nervosité mêlée d’espoir. Mais cette semaine, ils sont restés désespérément vides. Des centaines d’étudiants attendent toujours de pouvoir commencer leur session, prisonniers d’un cafouillage administratif qui transforme leur droit à l’éducation en loterie bureaucratique. Pendant que les instances se renvoient la balle, ce sont des vies qui se retrouvent en suspens, des projets qui s’effritent, des familles qui angoissent devant les frais payés pour une rentrée fantôme.

Devant l’établissement, la colère a pris la forme de pancartes faites à la main et de voix qui refusent de se taire. « On veut juste rentrer à l’école », scandent ces jeunes qui n’ont pourtant rien demandé d’autre que ce qui devrait être un droit fondamental. Parmi eux, des étudiants internationaux qui ont tout quitté pour être ici, des parents monoparentaux qui ont sacrifié des heures de sommeil pour financer leurs études, des jeunes de première génération universitaire pour qui chaque jour de retard creuse le doute. Leur mobilisation n’est pas celle de privilégiés qui réclament du luxe : c’est la résistance de ceux qui savent que l’éducation reste leur seule porte de sortie dans un système qui les écrase déjà de partout.

Derrière ce chaos se cache une vérité qu’on préfère taire : l’instabilité qui frappe LaSalle n’est pas un accident isolé, c’est le symptôme d’un modèle éducatif à bout de souffle. Quand les institutions d’enseignement deviennent des entreprises à gérer plutôt que des services publics à protéger, quand la rentabilité prime sur la mission pédagogique, ce sont toujours les mêmes qui paient la facture. Les étudiants de LaSalle ne sont pas victimes d’une simple erreur administrative : ils subissent les conséquences directes de décennies de sous-financement, de privatisation rampante et de mépris politique envers l’éducation accessible.

Les témoignages recueillis sur place racontent une lassitude qui vire à l’épuisement. Une étudiante en graphisme explique avoir déjà perdu son emploi à temps partiel, impossible à concilier avec un horaire fantôme. Un autre, inscrit en techniques informatiques, voit ses perspectives de stage s’évaporer semaine après semaine. Pour plusieurs, le retard accumulé signifie des sessions repoussées, des diplômes différés, des dettes qui s’alourdissent sans contrepartie. Et pendant ce temps, les responsables se cachent derrière des communiqués aseptisés qui parlent de « réorganisation en cours » sans jamais nommer les véritables coupables : l’austérité, la gestion défaillante, l’indifférence systémique.

Ce qui se joue devant les portes closes du Collège LaSalle dépasse largement les murs d’une institution. C’est la question brûlante de savoir si l’éducation reste un droit ou si elle est devenue un privilège précaire, soumis aux humeurs du marché et aux caprices budgétaires. Ces étudiants qui manifestent pour simplement accéder à leurs classes nous rappellent que chaque jour d’inaction est un vol de futur. Leur mobilisation mérite plus que de la compassion : elle exige une refonte complète d’un système qui ne peut plus se permettre de traiter l’apprentissage comme une variable d’ajustement. Parce qu’au bout du compte, une société qui abandonne ses étudiants abandonne son propre avenir.

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