CamilleDufresne_2026-09-04_Hydro-Quebec_le_profit_ou_le_peuple

Hydro-Québec profits en baisse : le peuple d’abord

Hydro-Québec vient d’annoncer des ventes record d’électricité tout en enregistrant une baisse de ses profits. La réaction? Un concert de soupirs comptables et de froncements de sourcils dans les salles de conseil. Mais attendez — depuis quand une société d’État doit-elle être jugée comme une banque privée? Ce paradoxe apparent n’en est un que pour ceux qui ont oublié pourquoi Hydro existe: non pas pour engraisser des actionnaires fantômes, mais pour servir la population québécoise. Les ventes record prouvent que le peuple consomme plus d’énergie, signe d’une économie en mouvement et d’une transition énergétique en marche. Que les profits baissent? C’est peut-être justement la preuve qu’on fait notre job.

Parlons franchement: une société d’État n’a pas à maximiser ses marges comme une multinationale pétrolière. Son mandat, c’est de garantir un accès abordable à l’électricité, d’investir dans les infrastructures publiques et de soutenir notre souveraineté énergétique. Si Hydro engrange moins de profits, c’est peut-être parce qu’elle réinvestit massivement dans les réseaux, qu’elle maintient des tarifs parmi les plus bas en Amérique du Nord ou qu’elle assume les coûts d’une transition vers l’électrification des transports et du chauffage. Tout cela, c’est du service public, pas de la charité: c’est notre argent collectif qui travaille pour nous, pas pour des fonds de pension new-yorkais.

Et pourtant, chaque trimestre, on nous ressert le même discours anxiogène: les profits baissent, Hydro est en danger, il faudra augmenter les tarifs. Cette rhétorique sert à qui, exactement? Aux cabinets de consultation qui rêvent de privatisation? Aux lobbys industriels qui voudraient des tarifs préférentiels encore plus juteux? La mission d’Hydro-Québec n’est pas de nourrir un bilan trimestriel flamboyant, mais de garantir notre autonomie énergétique, de freiner la crise climatique et de redistribuer les richesses naturelles du Québec à celles et ceux qui y vivent. Un profit qui baisse peut simplement signifier qu’on choisit le bien commun plutôt que l’accumulation.

Il faut aussi parler de ce que cachent ces chiffres. Des ventes record, c’est aussi le signe d’une demande énergétique en hausse, alimentée par l’électrification massive qu’on appelle de nos vœux pour lutter contre le chaos climatique. Mais cette demande exige des investissements colossaux: nouveaux barrages, lignes de transmission, adaptation des infrastructures. Ces coûts pèsent évidemment sur la rentabilité à court terme. Sauf qu’un État visionnaire ne gère pas son énergie comme un dépanneur: il planifie sur des décennies, il mise sur la résilience, il assume ses responsabilités intergénérationnelles. Les profits d’aujourd’hui importent moins que la capacité de nos enfants à se chauffer sans brûler la planète.

Alors oui, Hydro-Québec enregistre une baisse de profits. Et alors? Ce n’est pas une crise, c’est un choix politique. Un choix qui dit: nous préférons des tarifs justes à des dividendes obscènes, nous préférons investir dans l’avenir plutôt que de distribuer du cash aujourd’hui, nous préférons servir le peuple plutôt que plaire aux analystes de Bay Street. Si cette logique dérange, c’est qu’elle défie le dogme néolibéral qui voudrait tout transformer en marchandise. Mais l’électricité, comme l’eau et l’air, appartient au commun. Et le commun, ça ne se mesure pas en pourcentage de marge bénéficiaire — ça se mesure en vies protégées, en maisons chauffées, en transition réussie. Hydro-Québec sert la société d’État. À nous de nous assurer qu’elle continue.

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