On croyait qu’après des décennies de colonialisme extractif, le Québec aurait appris. Mais non : Murdochville, village gaspésien de 600 âmes, est aujourd’hui au cœur d’un bras de fer mortel entre la survie d’une communauté et les ambitions d’une minière qui veut élargir son site d’extraction. La compagnie Glencore réclame le territoire, promettant emplois et cuivre pour la transition verte. Mais derrière le langage technocratique et les promesses d’avenir durable, se cache une vérité crue : on demande à un village entier de disparaître pour alimenter la machine capitaliste. Et l’État québécois, au lieu de protéger ses citoyens, joue les complices silencieux d’un sacrifice annoncé.
Parlons franchement de cette « souveraineté » économique que Québec brandit comme étendard. Oui, nous avons besoin de ressources pour électrifier nos transports et réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Mais quand cette transition verte repose sur les mêmes logiques d’appropriation brutale que le modèle pétrolier qu’elle prétend remplacer, on ne fait que changer de bulldozer. L’extraction du cuivre pour batteries électriques devient le nouveau prétexte pour déraciner des collectivités, polluer des écosystèmes fragiles et concentrer les profits entre les mains d’actionnaires internationaux. Ce n’est pas une transition : c’est une continuation sous couvert d’écologie de façade.
Les consultations publiques? Une formalité vide. Les citoyen·ne·s de Murdochville l’ont compris trop tard : quand l’État et l’industrie organisent enfin des rencontres, les décisions sont déjà prises en coulisses. Les études d’impact arrivent après les annonces, les comités citoyens sont créés pour absorber la colère, pas pour transformer les projets. La démocratie locale est réduite à un spectacle de légitimation, où on demande aux gens de cautionner leur propre disparition. Comment accepter qu’en 2025, des Québécois·es soient traité·e·s comme des obstacles à la croissance plutôt que comme des gardien·ne·s légitimes de leur territoire?
Pendant ce temps, les actionnaires de Glencore calculent leurs dividendes pendant que Murdochville agonise. Car il faut le dire clairement : ce projet ne sauvera pas le village, il l’achèvera. Les emplois promis seront temporaires, les retombées économiques fuiront vers les métropoles et les sièges sociaux étrangers, et les dommages environnementaux resteront, eux, bien ancrés dans le sol gaspésien. Ce modèle de développement sacrifie systématiquement les régions sur l’autel de la rentabilité à court terme, accélérant le dépeuplement et l’abandon des territoires ruraux. C’est une injustice climatique doublée d’une injustice sociale : ceux qui ont le moins contribué à la crise écologique en paient le prix le plus lourd.
Il est temps d’exiger un moratoire sur les projets miniers qui menacent l’existence même des communautés. Il faut établir des critères stricts et non négociables : aucune expansion ne devrait forcer le déplacement d’une population, aucun profit privé ne devrait primer sur le droit des collectivités à survivre sur leur territoire. Les groupes environnementaux, les syndicats et les résident·e·s de Murdochville réclament justice. Leur combat n’est pas qu’une lutte locale : c’est le front d’une bataille plus large contre un capitalisme extractif qui dévore tout sur son passage. Solidarité avec Murdochville, et que ce village devienne le symbole d’une résistance qui refuse qu’on enterre nos régions au nom d’une fausse transition.





