Christine Fréchette convoque les médias cet après-midi pour une « annonce importante », et l’écosystème politique québécois se met en branle comme un théâtre bien rodé. Les hypothèses fusent : démission du cabinet, candidature à la chefferie, retrait de la vie politique? Pendant que journalistes et stratèges décortiquent les signaux de fumée, pendant que les plateaux tournent en boucle sur les intentions d’une ministre, les vrais enjeux — logement inabordable, climat en crise, industries fossiles subventionnées — continuent de se dégrader dans l’indifférence organisée. Ce cirque des carrières politiques, qui occupe l’espace médiatique à chaque soubresaut personnel, révèle une pathologie collective : nous célébrons les feuilletons du pouvoir pendant que le bateau prend l’eau.
Christine Fréchette a été ministre de la Sécurité publique puis de l’Environnement, deux portefeuilles stratégiques où les choix ont des impacts concrets sur la vie des gens. Mais qu’a-t-on retenu de ses mandats? Rarement les orientations industrielles qu’elle défendait, les budgets alloués aux infrastructures vertes, les reculs sur GNL Québec ou la répression des mouvements sociaux. On retiendra surtout ses conférences de presse, ses calculs politiques, son positionnement au sein de la CAQ. Parce que notre système médiatique et politique valorise le storytelling partisan au détriment de l’analyse structurelle, nous passons à côté de l’essentiel : les décisions économiques qui creusent les inégalités, qui condamnent les locataires à la précarité, qui exposent les communautés racisées aux catastrophes climatiques.
Qui paie le prix de ces hésitations, de ces annonces à répétition qui ne changent rien au fond? Les travailleurs précaires qui attendent une politique industrielle verte créatrice d’emplois décents. Les locataires chassés de leurs quartiers par la spéculation immobilière, pendant que les gouvernements jouent aux chaises musicales ministérielles. Les jeunes qui savent que chaque mois perdu en tergiversations politiques est un mois de plus vers l’irréversibilité climatique. Ces gens-là n’ont pas besoin d’une autre annonce dramatisée; ils ont besoin de transformations structurelles, de courage politique, de rupture avec les intérêts des lobbys pétroliers et immobiliers.
L’urgence climatique ne négocie pas avec les agendas électoraux. La crise du logement ne prend pas de pause pour attendre le bon timing partisan. Pourtant, notre classe politique continue de fonctionner selon une logique de carrière et de placement stratégique, où chaque décision se calcule en termes d’image et de sondages plutôt qu’en termes d’impact réel sur les conditions matérielles d’existence. Cette déconnexion entre les préoccupations des élites politiques et les besoins urgents de la population n’est pas un accident : c’est le symptôme d’un système politique conçu pour préserver le statu quo, pour maintenir les rapports de force économiques existants sous couvert de débats démocratiques.
Alors que Christine Fréchette s’apprête à parler, posons les vraies questions : quelle trajectoire industrielle pour le Québec face à la crise climatique? Quel plan pour sortir de la dépendance aux énergies fossiles tout en garantissant des emplois syndiqués et bien rémunérés? Quelle réforme fiscale pour financer massivement le logement social? Quelles mesures concrètes pour protéger les communautés les plus vulnérables aux chocs climatiques? Ces questions-là méritent la une, pas les calculs politiciens. Si notre démocratie veut survivre à ses propres contradictions, elle doit cesser de confondre politique et spectacle de carrière. L’heure n’est plus aux annonces qui annoncent d’autres annonces : l’heure est à l’action radicale ou à l’effondrement.





