La campagne électorale québécoise bascule dans une lutte de fond : d’un côté, Québec solidaire mise sur la solidarité collective et l’espoir d’un pacte social renouvelé; de l’autre, Éric Duhaime capitalise sur le ressentiment et la peur pour mobiliser un électorat fatigué. Ce qui se joue ici dépasse le simple jeu électoral. C’est un affrontement moral entre deux visions irréconciliables du Québec : celle qui choisit de prendre soin des gens ou celle qui les dresse les uns contre les autres. Sur le terrain, les militants de QS martèlent un message clair : face à la montée du discours conservateur, il est urgent de rappeler que l’enjeu n’est pas seulement politique, mais profondément humain.
Lors d’un porte-à-porte dans Hochelaga, Marika, bénévole de 23 ans, me confie : « On sent la peur monter. Les gens ont l’impression qu’on leur enlève quelque chose, alors que c’est le système qui les prive depuis toujours. » Ce qu’elle décrit, c’est la stratégie du Parti conservateur : transformer l’anxiété légitime face au logement inabordable, à l’inflation galopante et aux services publics défaillants en colère dirigée contre des boucs émissaires. Pendant ce temps, QS tente de recentrer le débat sur des propositions concrètes : gel des loyers, hausse du salaire minimum, services publics renforcés. Mais il est difficile de faire entendre un programme quand l’autre camp joue sur les émotions brutes et les raccourcis faciles.
Ce qui inquiète au-delà du résultat électoral, c’est la normalisation d’un discours qui transforme les luttes sociales en menaces identitaires. Le ressentiment est un poison lent : il érode la confiance mutuelle, fragmente les solidarités, détourne la colère de ses vraies cibles. Quand les conservateurs ciblent les personnes trans, les syndicats ou les écologistes, ils ne font pas de la politique : ils entretiennent un climat de méfiance qui justifie l’inaction face aux vraies urgences. Pendant qu’on débat du « wokisme », des familles sont expulsées, des jeunes renoncent aux études et la planète brûle. C’est exactement ce que veut le capital : nous occuper ailleurs pendant qu’il pille tranquillement.
Sur le terrain, des candidats comme Andrés Fontecilla rappellent que l’élection ne se gagne pas seulement dans les médias, mais aussi dans les cuisines, les parcs et les assemblées de quartier. « Notre force, c’est le lien direct avec les gens. On ne vend pas un slogan, on bâtit des ponts », affirme-t-il lors d’une assemblée dans Laurier-Dorion. C’est cette approche patiente, enracinée, qui pourrait contrer l’effet de séduction des discours simplistes. Mais elle demande du temps, de l’écoute, de l’organisation collective. Et face à la machine médiatique qui amplifie chaque provocation de Duhaime, QS doit multiplier les efforts pour faire entendre une autre voix, celle de la dignité partagée plutôt que du chacun pour soi.
Pour les jeunes, les locataires, les travailleurs précaires et les ménages à faible revenu, cette élection est une question de survie. Pas au sens figuré : au sens littéral. Un gouvernement conservateur signifierait moins de protection sociale, moins de services publics, moins d’espoir d’un avenir décent. C’est pour ça que QS appelle non seulement à voter, mais à comprendre que ce geste est un acte de résistance collective. Le cynisme et l’abstention servent toujours les puissants. Le bulletin de vote n’est pas une baguette magique, mais il est un outil parmi d’autres pour freiner la montée de l’autoritarisme et du mépris. Et au-delà du scrutin, c’est l’organisation populaire, la solidarité de quartier et la lutte de classe qui pourront vraiment faire basculer le rapport de force. Voter QS, c’est choisir de croire encore qu’on mérite mieux que la peur.





