Le G7 vient d’annoncer la libération de jusqu’à 100 millions de barils de pétrole des réserves stratégiques pour « calmer les marchés » et « protéger les consommateurs ». Quelle blague. Cette manœuvre de panique ne résout rien : c’est une rustine collée sur un moteur en feu. Au lieu de s’attaquer à notre dépendance structurelle aux hydrocarbures, nos gouvernements recyclient la même vieille drogue pour calmer les symptômes de sevrage. Pendant ce temps, la planète brûle et les familles s’endettent pour remplir leur réservoir. Voilà la transition énergétique version capitaliste : un coup de morphine fossile quand le système grince.
Cette dépendance au pétrole n’est pas un accident, c’est une architecture. Depuis des décennies, les États ont construit des villes, des économies et des modes de vie autour de l’auto individuelle et du transport lourd sur asphalte. Résultat : chaque choc géopolitique — guerre, embargo, spéculation — nous met à genoux. Les prix grimpent, les travailleurs paient, et les pétrolières engrangent des profits obscènes. Shell, ExxonMobil, Suncor : pendant que vous pleurez à la pompe, eux font des records de bénéfices. Ce n’est pas une crise énergétique, c’est une crise de justice.
Et pendant que les ménages absorbent les hausses, où sont les mesures structurelles? Où est l’investissement massif dans le transport collectif gratuit ou à prix réduit? Où sont les programmes d’efficacité énergétique pour isoler les logements et réduire la consommation? Où est l’électrification rapide du parc automobile et du réseau de fret? Nulle part. Parce que toucher à la rente fossile, c’est toucher au capital. Alors on préfère ouvrir les vannes des réserves stratégiques, comme si 100 millions de barils allaient changer quoi que ce soit à long terme. C’est pathétique.
L’hypocrisie est totale. Les mêmes gouvernements qui signent des accords climatiques et promettent la carboneutralité pour 2050 se précipitent pour prolonger l’agonie fossile. Justin Trudeau parle de transition juste tout en achetant un pipeline. Joe Biden défend le Green New Deal tout en implorant l’Arabie saoudite de pomper plus. Emmanuel Macron joue au champion du climat tout en réactivant des centrales au charbon. Cette contradiction n’est pas un bug, c’est le système : capitalisme vert en façade, extractivisme brutal en coulisses. Et c’est nous, les peuples, qui payons la facture sociale et écologique.
Il faut nommer cette rustine pour ce qu’elle est : un refus de changement. Une vraie politique climatique et sociale passerait par la décroissance planifiée des énergies fossiles, l’investissement public dans les infrastructures vertes, et la redistribution des richesses accaparées par les géants du pétrole. Ça passerait par des trains rapides, des réseaux de bus électriques, des logements performants, des emplois verts syndiqués. Mais pour ça, il faudrait affronter le pouvoir des multinationales et rompre avec la logique du profit. Alors on préfère brûler les réserves, brûler le climat, brûler l’avenir. Ce n’est pas de la gestion, c’est de la combustion sociale.





