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Pont fissuré à Sainte-Adèle : alerte sur la route 370

Il y a cette fissure qui grandit chaque jour sur le pont de la route 370 à Sainte-Adèle. Une blessure de béton que les camions lourds élargissent à chaque passage, que la pluie infiltre, que l’hiver torture. La mairesse Francine Vézina ne dort plus. Elle attend la catastrophe comme on attend la pluie en pleine sécheresse : avec la certitude amère qu’elle finira par tomber. « Est-ce qu’on attend qu’il s’effondre? Qu’il y ait des morts? » Sa question résonne comme un ultimatum à Québec et Ottawa, ces palais de pouvoir où l’on repousse la facture jusqu’à ce que le sang coule. Ici, dans les Laurentides, on marche sur une infrastructure qui craque. Et personne ne bouge.

Le pont n’est pas qu’un symbole, c’est une artère vitale. Dix-huit mille véhicules par jour, des travailleuses qui filent vers Saint-Jérôme, des camions de livraison, des familles qui traversent pour aller à l’école. Depuis des mois, la structure présente des signes de fatigue avancée : acier exposé, corrosion visible, béton effrité. Les inspections s’accumulent, les rapports techniques s’empilent dans des tiroirs ministériels. On nous parle de « surveillance accrue », de « suivi régulier ». Mais surveiller une fracture, ce n’est pas la réparer. C’est juste regarder le désastre arriver en direct, les bras croisés, en espérant que ça tiendra encore un peu.

Ce pont, c’est l’histoire de toutes nos infrastructures publiques assassinées par l’austérité néolibérale. Pendant des décennies, les gouvernements successifs ont choisi la cosmétique budgétaire plutôt que l’entretien. On coupe dans le béton pour afficher des surplus, on repousse les travaux pour ne pas fâcher les contribuables des banlieues riches. Résultat : nos routes, nos ponts, nos aqueducs se meurent. Et ce sont toujours les régions, les petites villes, les territoires périphériques qui paient la note. Sainte-Adèle n’a pas le poids politique de Montréal, alors elle attend. Elle attend que Québec daigne regarder cette bombe à retardement qui menace la vie de milliers de personnes chaque jour.

Les résidents témoignent d’une angoisse quotidienne. Marie-Claude, infirmière qui traverse le pont matin et soir, confie : « Chaque fois que je passe dessus, je me demande si c’est la dernière. » Un travailleur municipal, qui préfère taire son nom, raconte les réunions d’urgence où l’on discute de scénarios catastrophes, de plans d’évacuation, de détours impossibles si jamais ça cède. Des experts en génie civil tirent la sonnette d’alarme : la corrosion structurelle ne pardonne pas, et le temps joue contre nous. Mais dans les bureaux climatisés des ministères, on jongle avec les échéanciers, on révise les priorités, on calcule le coût politique d’un accident versus le coût budgétaire d’une réparation immédiate.

Cette histoire de pont fissuré, c’est la métaphore parfaite de notre époque : on sait, on voit, on documente le danger, mais on ne fait rien jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Parce que réparer, ça coûte cher. Parce que prévenir, ça ne rapporte pas de votes. Alors on attend la tragédie pour agir, pour promettre que « plus jamais ». Sainte-Adèle mérite mieux que cette roulette russe infrastructurelle. Les Laurentides méritent mieux. Toutes nos régions méritent qu’on arrête de sacrifier leur sécurité sur l’autel des économies à court terme. La fissure est là, visible, mortelle. La question n’est plus de savoir si elle va céder, mais combien de vies on est prêts à perdre avant de sortir le chéquier.

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