Camille_Dufresne_2026-10-09_la_charge_de_la_peur

Consentement : changer la peur de camp et agir

Pendant combien de générations encore devra-t-on dire aux femmes de rentrer avant la nuit, de surveiller leur verre, de texter leur arrivée à bon port? Vanessa Pilon, actrice et militante, le martèle sans détour: la responsabilité de la prévention des violences sexuelles doit enfin changer de camp. Ce n’est plus aux victimes potentielles de porter le poids de leur propre sécurité, c’est aux agresseurs — et à la culture qui les fabrique — d’être mis face à leurs actes. Tant que la société continuera de confier aux femmes le soin de leur protection plutôt que d’exiger des hommes qu’ils cessent d’agresser, on restera enfermés dans un système qui perpétue la domination patriarcale tout en lavant les mains du pouvoir.

Le silence et la peur ne sont pas des accidents: ce sont des outils politiques. Ils servent à maintenir l’ordre établi, à protéger les agresseurs, à invisibiliser la violence systémique. Quand une victime parle et qu’on lui demande ce qu’elle portait, si elle avait bu, pourquoi elle était là, le message est clair: c’est elle qu’on juge, pas lui. Cette inversion de la responsabilité n’est pas qu’une injustice morale, c’est un mécanisme de reproduction des rapports de force. Chaque fois qu’on demande aux femmes de se méfier plutôt qu’aux hommes de se remettre en question, on reconduit la logique selon laquelle certains corps peuvent être pris, et d’autres doivent se cacher.

Or le consentement n’est pas une permission à arracher, c’est une norme relationnelle à construire collectivement. Il ne suffit pas de dire oui une fois pour que tout soit permis. Il ne suffit pas non plus d’absence de non pour que ce soit consenti. Le consentement est actif, enthousiaste, révocable à tout moment — et il doit être enseigné, normalisé, inscrit dans les institutions, les écoles, les médias, la culture populaire. On ne naît pas avec la conscience du consentement: on la forge dans un environnement qui valorise l’écoute, le respect des limites, la dignité de l’autre. Tant qu’on éduque les garçons à prendre et les filles à éviter, on rate la cible. C’est dans la socialisation masculine que se joue une partie essentielle de la prévention.

Les hommes doivent cesser d’être spectateurs de leur propre violence. Cela signifie confronter leurs amis qui tiennent des propos dégradants, refuser les blagues sexistes, questionner les codes de virilité toxique qui les poussent à performer la domination. Ça veut dire sortir du confort du silence complice. La culture du viol ne survit pas sans témoins passifs. Elle s’alimente de l’indifférence, de la tolérance, de la normalisation des comportements limites. Chaque homme qui détourne le regard participe, même passivement, à l’impunité. Chaque collectif qui refuse de nommer un agresseur en son sein devient complice. La responsabilisation collective passe par là: reconnaître que les violences sexuelles ne sont pas des dérapages isolés, mais le produit d’un système qu’on peut décider de défaire.

Il est temps d’arrêter de dire aux femmes de faire attention. Il est temps de dire aux hommes: c’est votre responsabilité de ne pas agresser, de respecter, d’écouter, de revoir vos comportements et ceux de vos pairs. Il est temps d’exiger des institutions qu’elles cessent de protéger les agresseurs au nom de la réputation ou de la carrière. Il est temps que la honte change de camp. Parce que tant qu’on demandera aux victimes de se taire, de se protéger, de se justifier, on ne fera que reconduire la violence. Et ça, ce n’est plus acceptable. La révolution du consentement commence par un renversement radical: celui de la responsabilité.

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