Dominique Laroche devra répondre devant le tribunal d’avoir craché l’insulte « grosse crisse de vache » à celle qu’il avait agressée sexuellement, en plein corridor du palais de justice de Montréal. Ce qui devait être un lieu de réparation s’est transformé en scène d’humiliation publique, rappelant brutalement que pour les survivantes de violences sexuelles, le système judiciaire n’est pas un refuge mais un champ de mines. Cette agression verbale, commise dans l’espace même censé incarner la justice, expose la violence institutionnelle qui traverse nos tribunaux : les victimes y sont traitées comme des pièces à conviction, pas comme des êtres humains qui ont déjà tout perdu.
Le procès qui s’ouvre révèle l’absurdité cruelle de notre architecture judiciaire. Comment peut-on exiger d’une survivante qu’elle revive son agression dans les détails, qu’elle se présente au même endroit que son agresseur, qu’elle partage les mêmes couloirs, les mêmes salles d’attente, sans protection psychologique ni spatiale adéquate? Laroche n’a eu qu’à ouvrir la bouche pour réinfliger le trauma, prouvant que le palais de justice est conçu pour la machine procédurale, pas pour la dignité humaine. Les féministes le répètent depuis des décennies : le système revictimise celles qu’il prétend défendre.
Cette insulte n’est pas un dérapage isolé. Elle s’inscrit dans une logique plus vaste où les accusés conservent un pouvoir symbolique et physique sur leurs victimes, même après la condamnation. Les mesures de protection sont minimales, les espaces partagés nombreux, les accompagnements insuffisants. Les survivantes témoignent régulièrement de cette brutalité institutionnelle : regards menaçants, proximité forcée, absence de salles d’attente séparées. Le message est clair : le confort procédural des accusés prime sur la sécurité psychologique des victimes. C’est un choix politique, pas une fatalité.
Pendant ce temps, on se demande pourquoi si peu de victimes portent plainte. La réponse est là, dans ce corridor, dans cette insulte qui résonne comme un rappel que le système judiciaire n’a jamais été pensé pour protéger les femmes et les personnes minorisées. Les statistiques le confirment : moins de 5% des agressions sexuelles mènent à une condamnation, et le parcours judiciaire est si éprouvant que des dizaines de milliers de survivantes renoncent en cours de route. Chaque cas comme celui de Laroche alimente la méfiance collective envers une justice qui prétend servir l’intérêt public tout en laissant les victimes sans défense face à leurs bourreaux.
Il faut repenser radicalement nos palais de justice. Des espaces séparés obligatoires, des accompagnements psychologiques financés, des protocoles stricts pour éviter tout contact entre victimes et accusés. Mais surtout, il faut reconnaître que le système actuel n’est pas neutre : il perpétue les rapports de domination qu’il devrait défaire. Tant que le droit de l’accusé à circuler librement primera sur le droit de la victime à ne pas être rétraumatisée, nos tribunaux resteront des lieux d’injustice. Le procès de Dominique Laroche doit servir de déclencheur : la crédibilité du système judiciaire se mesure à sa capacité à protéger les plus vulnérables, pas à reproduire la violence qu’il prétend condamner.





