CamilleDufresne_2026-10-11_marche_respire_locataires_etouffent

Crise du logement : quand le marché respire, les locataires étouffent

Les pancartes « à louer » se multiplient dans nos quartiers comme autant de petits drapeaux blancs plantés par des propriétaires qui, soudain, ne trouvent plus preneur. On pourrait y voir un soulagement, une pause dans cette guerre d’usure menée contre les locataires depuis une décennie. Mais ne nous y trompons pas : ce n’est pas la fin de la crise du logement, c’est juste un changement de cycle dans une machine spéculative qui a transformé nos toits en actifs financiers avant même de les reconnaître comme des droits humains. Pendant que les investisseurs ajustent leurs stratégies, des milliers de ménages restent coincés dans des logements trop chers, trop petits, trop délabrés — ou carrément à la rue.

Le répit apparent du marché locatif cache une vérité brutale : les loyers demandés restent complètement déconnectés des salaires réels. Une famille monoparentale, une personne aînée vivant de sa pension, un jeune travailleur précaire — ces gens-là ne peuvent toujours pas se loger décemment sans consacrer plus de la moitié de leurs revenus au loyer. Les « rabais » dont se gargarisent certains médias économiques représentent quoi, au juste? Une baisse de 50$ sur un 4½ qui coûte encore 1800$ par mois dans Hochelaga? C’est une insulte déguisée en bonne nouvelle. Le problème n’a jamais été cyclique, il est structurel : on a laissé le marché privé décider qui mérite un toit.

Et pendant ce temps, où est le parc social? Où sont les coopératives d’habitation qu’on devrait construire par milliers? Le Québec traîne honteusement derrière en matière de logement hors marché, préférant subventionner les propriétaires privés via des programmes cosmétiques plutôt que de reprendre le contrôle collectif de notre habitat. Cette dépendance excessive au privé n’est pas un accident : c’est un choix politique qui enrichit une classe de rentiers tout en précarisant des centaines de milliers de personnes. Chaque « à louer » qu’on voit aujourd’hui aurait dû être un logement coopératif il y a dix ans.

Pour celles et ceux qui ont déjà été écrasés par la spirale infernale de l’épicerie à 200$ par semaine, du chauffage qui explose en hiver et du transport qui gruge le reste, ces pseudo-rabais arrivent trop tard. On ne récupère pas les années perdues à s’endetter, à rogner sur la nourriture, à choisir entre payer le loyer ou voir un médecin. La violence économique que le marché locatif a infligée aux ménages précaires ne s’efface pas avec quelques concessions tactiques de propriétaires qui sentent le vent tourner. La crise n’a pas disparu : elle s’est installée dans les corps fatigués, les comptes en banque vides, les enfants qui grandissent dans l’instabilité.

Il est temps d’exiger autre chose qu’un éternel yo-yo entre pénurie spéculative et surplus opportuniste. Le logement doit sortir du marché. Cela signifie un investissement massif dans la construction de coopératives, de HLM modernes et dignes, de formules communautaires où le profit n’a pas sa place. Cela signifie un contrôle strict des loyers, une réglementation musclée contre la financiarisation immobilière et une taxation punitive pour ceux qui accumulent les propriétés comme des jetons de Monopoly. Le droit au logement ne se négocie pas selon l’offre et la demande : il s’arrache par la mobilisation, par la pression politique, par le refus collectif de laisser nos vies entre les mains de spéculateurs. Les pancartes sont là, certes — mais c’est nous qui devons réécrire les règles du jeu.

PARTAGER CET ARTICLE

COMMENT NOUS SUPPORTER ?

Abonnez-vous à notre Patreon.