Alexandre_Fortier_2026-08-14_negos_medicales_les_patients_attendent_toujours

Accès aux soins au Québec : les patients attendent toujours

Les récentes négociations avec les médecins québécois promettaient d’améliorer l’accès aux soins de santé primaires. Pourtant, selon plusieurs défenseurs de patients, la réalité sur le terrain demeure inchangée : les cliniques ferment toujours leurs portes en soirée et les fins de semaine, forçant les citoyens à se tourner vers les urgences surchargées. Cette dissonance entre les annonces gouvernementales et l’expérience vécue soulève une question fondamentale : à qui sert vraiment notre système de santé?

Les données le confirment : environ 70% des cliniques de médecine familiale au Québec fonctionnent encore selon un horaire traditionnel de bureau, soit du lundi au vendredi, de 9h à 17h. Cette rigidité structurelle crée un goulot d’étranglement prévisible. Les travailleurs qui ne peuvent s’absenter durant la journée, les familles monoparentales, les aînés avec mobilité réduite : tous se retrouvent coincés dans un système pensé pour une époque où un membre du couple restait à la maison. Le résultat? Une pression insoutenable sur les urgences, où 40% des cas pourraient être traités en première ligne.

Ce qui frappe dans les récentes ententes collectives, c’est l’absence quasi totale de clauses contraignantes sur les horaires de disponibilité. On a négocié des augmentations salariales substantielles, des mesures incitatives pour attirer des médecins en région, mais rien qui oblige concrètement les professionnels à adapter leurs pratiques aux besoins réels de la population. L’argument corporatiste de l’autonomie professionnelle a prévalu sur l’impératif d’accessibilité. Il s’agit d’un choix politique clair : privilégier la satisfaction des prestataires plutôt que celle des usagers.

Les conséquences sont mesurables et coûteuses. Chaque visite évitable aux urgences représente environ 500$ pour le système public, comparé à 80$ en clinique. Multipliez cela par des centaines de milliers de consultations annuelles inappropriées, et vous comprenez pourquoi nos urgences débordent pendant que des cabinets restent vides le samedi matin. Sans compter l’impact humain : rendez-vous manqués, diagnostics retardés, chronicisation de conditions traitables. La continuité des soins, concept central en médecine familiale, devient une fiction quand votre médecin n’est accessible qu’aux heures de bureau.

Pour sortir de cette impasse, il faudra plus que des vœux pieux. D’autres juridictions ont expérimenté des solutions pragmatiques : quotas minimaux d’heures atypiques pour les cliniques subventionnées, primes différenciées selon les plages horaires, modèles de cliniques réseau avec rotation de disponibilité. Le Québec pourrait aussi s’inspirer des guichets d’accès première ligne en étendant leurs heures d’ouverture et en y intégrant mieux les pharmaciens et infirmières praticiennes. Mais cela exigera du courage politique : accepter que certaines pratiques médicales devront s’adapter, même si cela déplaît aux ordres professionnels. Tant que le système restera organisé en fonction de l’offre plutôt que de la demande, les patients continueront d’attendre.

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