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Accord Canada États-Unis Mexique : une victoire à court terme seulement

La reconduction de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique constitue certes une bonne nouvelle pour nos exportateurs, mais elle ne doit pas servir de prétexte à l’inaction. Comme le soulignent plusieurs économistes, maintenir l’accès au marché américain ne résout en rien les fragilités structurelles de notre économie : la faible productivité manufacturière, la dépendance aux matières premières et l’érosion de notre capacité industrielle. Un accord commercial stable est nécessaire, mais loin d’être suffisant pour assurer la prospérité à long terme des travailleurs canadiens.

Les données sont éloquentes : malgré l’ALÉNA puis l’ACÉUM, le Canada a perdu près de 300 000 emplois manufacturiers depuis 2000, selon Statistique Canada. Notre part de la valeur ajoutée dans les chaînes d’approvisionnement nord-américaines a reculé, particulièrement dans les secteurs à forte intensité technologique comme l’automobile et l’aérospatiale. Nous exportons davantage de produits semi-finis ou de ressources brutes, capturant moins de marge et créant moins d’emplois de qualité. L’accord commercial facilite le commerce, certes, mais ne dicte pas notre positionnement stratégique dans celui-ci.

Les déséquilibres régionaux accentuent le problème. Pendant que certaines régions dépendent massivement d’industries extractives volatiles, d’autres voient leurs usines fermer faute d’investissements dans la modernisation et l’innovation. La transition énergétique offre des opportunités considérables — batteries, véhicules électriques, énergies renouvelables — mais sans politique industrielle ciblée, nous risquons de rater le virage et de voir ces secteurs se développer ailleurs. L’ACÉUM ouvre des portes ; encore faut-il avoir les outils pour les franchir.

Une véritable stratégie de développement économique doit aller bien au-delà de la stabilité commerciale. Elle nécessite des investissements publics massifs dans la recherche et développement, des crédits d’impôt ciblés pour les secteurs stratégiques, des programmes de formation adaptés aux besoins de l’industrie 4.0, et des institutions comme une banque d’investissement publique capable de financer des projets structurants. L’Allemagne, la Corée du Sud et même certains États américains ont démontré l’efficacité de telles approches pour rehausser la valeur ajoutée domestique.

La transition juste doit également devenir une priorité. Les travailleurs des secteurs traditionnels ne doivent pas être abandonnés au nom de la modernisation. Des mécanismes de reclassement professionnel, des filets sociaux renforcés et des investissements régionaux coordonnés peuvent assurer que la prospérité nouvelle soit partagée équitablement. L’ACÉUM nous garantit un terrain de jeu stable ; c’est maintenant à nous de décider quelle stratégie y déployer. La reconduction de l’accord n’est pas une fin en soi, mais le point de départ d’un chantier bien plus ambitieux.

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