Camille_Dufresne_2026-09-15_aeroports_a_vendre

Aéroports à vendre : qui paiera la facture ?

Pendant que le gouvernement fédéral répète son mantra budgétaire et pleure misère devant chaque demande sociale, il ouvre grand les portes du capital privé dans nos aéroports. Cette privatisation rampante des infrastructures aéroportuaires n’est pas un ajustement comptable neutre : c’est un choix idéologique brutal qui transforme un bien commun en machine à profits. Les voyageurs, les travailleurs et les communautés paieront le prix fort pendant que les actionnaires empocheront les dividendes. On assiste encore une fois à la vieille recette néolibérale : privatiser les gains, socialiser les risques.

Les aéroports ne sont pas de simples plateformes commerciales, ce sont des artères vitales qui irriguent notre territoire immense, relient les familles immigrantes à leurs proches, permettent aux travailleurs saisonniers de bouger, soutiennent le tourisme et la logistique. Quand on soumet ces infrastructures à la logique du rendement financier maximal, on sacrifie l’accessibilité sur l’autel de la rentabilité. Les tarifs aéroportuaires explosent déjà : frais de sécurité, redevances d’amélioration, stationnements hors de prix. Imaginez ce que des investisseurs privés, obsédés par leurs marges trimestrielles, infligeront aux usagers captifs.

L’hypocrisie budgétaire atteint des sommets vertigineux. Le même État qui prétend manquer de fonds pour maintenir des services publics décents trouve miraculeusement des milliards pour les subventions pétrolières, les contrats d’armement et les cadeaux fiscaux aux multinationales. On nous sert la fable de l’efficacité du privé, mais l’histoire récente démontre que privatiser les infrastructures essentielles enrichit une poignée d’actionnaires pendant que la collectivité assume les coûts d’entretien, les risques climatiques et les crises sanitaires. Les aéroports, construits avec l’argent public, deviennent des vaches à lait pour le capital financier.

Cette décision s’inscrit dans une offensive plus vaste de démantèlement systématique des leviers collectifs. Après les télécommunications, l’énergie, les ports, voilà qu’on brade les aéroports. Ce modèle déplace méthodiquement les coûts vers le bas : les usagers paient plus cher, les travailleurs subissent la précarisation, les municipalités absorbent les externalités négatives, pendant que les profits remontent vers les paradis fiscaux. C’est la logique même du capitalisme extractif appliquée aux infrastructures publiques, et ça se déroule sous nos yeux avec la complicité passive d’une classe politique convertie au dogme du marché.

Il est temps de tracer une ligne rouge. Les infrastructures stratégiques comme les aéroports doivent rester sous contrôle démocratique, gérées selon des objectifs sociaux, territoriaux et climatiques, pas selon les humeurs de la Bourse. On a besoin d’une mobilité accessible, décarbonée, au service des populations et non des actionnaires. Garder nos aéroports publics, c’est défendre notre capacité collective à décider démocratiquement de nos priorités : réduire les émissions, connecter les régions éloignées, garantir des emplois syndiqués décents. Refuser cette privatisation, c’est refuser le vol organisé de notre bien commun.

PARTAGER CET ARTICLE

COMMENT NOUS SUPPORTER ?

Abonnez-vous à notre Patreon.