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Transport public Montréal : la STM coule et rallonge l’attente

Pendant que les tarifs du métro et du bus gonflent année après année, la Société de transport de Montréal saborde discrètement son propre service. Depuis 2015, les fréquences de passage ont fondu comme neige au printemps : certaines lignes de nuit affichent des intervalles trois fois plus longs qu’il y a dix ans. Le message est clair — si vous êtes caissière qui rentre à 23 h, infirmière de nuit ou étudiant qui bosse au resto jusqu’à minuit, votre temps ne vaut rien. Vous paierez 3,75 $ pour grelotter quarante minutes sous un abribus troué. C’est la logique libérale dans toute sa splendeur : privatiser les gains, socialiser l’attente.

Les chiffres racontent l’histoire d’un abandon organisé. En soirée et la fin de semaine, plusieurs trajets exigent maintenant des correspondances absurdes et des temps morts qui transforment chaque déplacement en marathon. Les familles sans voiture — souvent racisées, locataires, coincées dans des quartiers loin du centre — subissent de plein fouet cette régression programmée. Quand ton enfant doit traverser la moitié de la ville pour rejoindre sa garderie à 7 h, chaque minute perdue compte. Mais la STM, elle, coupe dans le gras : le gras, c’est vous, c’est nous, c’est la classe ouvrière qu’on force à choisir entre payer une passe mensale qui coûte un bras ou s’endetter pour une minoune polluante.

Parce que oui, parlons climat. Chaque service coupé, c’est une poignée d’usagers qui bifurquent vers l’auto solo, faute d’alternative viable. Le gouvernement répète son mantra vert en boucle, finance des électriques pour les banlieusards aisés, pendant qu’il laisse pourrir l’épine dorsale de la mobilité collective. Résultat : embouteillages, smog, échec des cibles de réduction des GES. On sabote le seul outil de masse capable de décarboner nos déplacements, tout en faisant semblant de sauver la planète. L’hypocrisie est suffocante, littéralement.

Les témoignages que j’ai recueillis révèlent une colère sourde, une injustice vécue au quotidien. Nadia, préposée aux bénéficiaires dans l’est, attend parfois une heure pour rentrer chez elle après son quart de soir. « Je paie pour me geler, pour arriver épuisée. Pendant ce temps, les chars défilent. » Marc, étudiant à l’UQAM, cumule deux jobs et jongle avec des horaires impossibles. « Le 24 passe aux vingt minutes la nuit. Si je le manque, je rentre à pied. » Ces récits ne sont pas des anecdotes : ce sont les symptômes d’un système qui traite le transport public comme une variable d’ajustement budgétaire, jetable, sacrifiable.

Il est temps de reconnaître que la mobilité est un droit, pas un luxe. Un service de transport qui recule est un recul de civilisation. On ne bâtira pas une société juste ni écologique en faisant payer plus cher ceux et celles qui ont le moins, pour leur offrir moins. La STM doit être refinancée massivement, par Québec et Ottawa, avec un mandat clair : augmenter les fréquences, abolir les tarifs pour les ménages à faible revenu, étendre le réseau. Sinon, on continuera de creuser l’inégalité et l’urgence climatique, un autobus fantôme à la fois. Le recul de la STM n’est pas technique, il est politique — et il doit cesser.

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