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Indemnisation vol greve : WestJet privatise les profits

Des centaines de voyageurs canadiens se retrouvent aujourd’hui avec des valises vides et des poches encore plus vides. WestJet refuse systématiquement de les indemniser pour les vols annulés lors d’une grève récente, invoquant que le conflit de travail constitue une circonstance « exceptionnelle » hors de son contrôle. Pendant ce temps, l’entreprise empoche tranquillement ses profits trimestriels sans se soucier des familles coincées loin de chez elles, des rendez-vous médicaux manqués, des vacances gâchées. La logique est simple et révoltante : privatiser les gains quand tout roule, socialiser les pertes quand ça dérape. Les passagers deviennent les otages involontaires d’un système qui protège le capital, jamais les gens ordinaires.

Personne ne nie le droit de grève des travailleuses et travailleurs de WestJet. C’est un acquis fondamental, arraché à coups de luttes syndicales historiques. Mais pourquoi diable les passagers doivent-ils payer pour un conflit qu’ils n’ont pas créé et sur lequel ils n’ont aucun pouvoir? Ce ne sont pas eux qui ont refusé des conditions de travail décentes. Ce ne sont pas eux qui ont sous-investi dans les ressources humaines pour maximiser les dividendes aux actionnaires. Pourtant, ce sont eux qui se tapent les frais d’hôtel, les billets de dernière minute sur d’autres compagnies, les journées de travail perdues. L’asymétrie est totale : WestJet a le droit de se défausser, les voyageurs n’ont que le droit de fermer leur gueule.

Ce cas illustre parfaitement la logique ultralibérale qui gangrène nos économies : le marché décide, les entreprises s’enrichissent, et quand ça pète, c’est la population qui ramasse les dégâts. Les compagnies aériennes fonctionnent comme des infrastructures publiques – essentielles, quasi monopolistiques sur certaines routes – mais refusent toute responsabilité sociale qui va avec. Elles veulent les avantages du service public sans les obligations. Pendant que WestJet se cache derrière les failles réglementaires, des familles s’endettent pour rentrer chez elles. Pendant que les actionnaires touchent leurs dividendes, des retraités annulent des retrouvailles attendues depuis des années. La violence de ce système n’a rien de naturel : elle est construite, calculée, défendue par des armées d’avocats corporatifs.

Les réglementations actuelles sont une blague. L’Office des transports du Canada offre une protection minimale, truffée d’exceptions que les compagnies exploitent sans scrupule. La grève devient un joker magique qui efface toute obligation d’indemnisation, même quand l’entreprise a contribué au conflit par son intransigeance patronale. Il faut une refonte complète : que les compagnies aériennes assument les coûts liés aux conflits de travail, qu’elles créent des fonds de compensation obligatoires, qu’elles soient légalement tenues de protéger les passagers aussi rigoureusement qu’elles protègent leurs marges bénéficiaires. Sinon, on reste coincés dans ce cycle où les puissants gagnent toujours et où les voyageurs ordinaires servent de variables d’ajustement.

Une économie juste doit protéger à la fois le droit de grève et les droits des usagers. Ce n’est pas l’un contre l’autre, c’est les deux contre un système qui nous oppose pour mieux régner. Les syndicats méritent des conditions décentes, les passagers méritent d’être respectés, et WestJet mérite d’assumer les conséquences réelles de ses choix corporatifs. Tant que les profits restent privés et les pertes publiques, on restera dans cette asymétrie toxique. Il est temps d’exiger mieux : que ceux qui profitent du système paient quand le système craque. Parce qu’en ce moment, ce sont toujours les mêmes qui paient – et ce sont jamais ceux qui ont les moyens.

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