Deux trous en un an sur la même autoroute, ce n’est pas de la malchance : c’est un système qui craque. L’A-40, artère vitale pour des dizaines de milliers de travailleuses et travailleurs, s’affaisse littéralement sous nos pieds pendant que nos gouvernements nous vendent des plans de relance en papier glacé. Ce deuxième affaissement de chaussée en douze mois n’est pas un accident isolé, c’est le symptôme brutal d’un sous-investissement chronique dans nos infrastructures publiques. Pendant que Québec et Ottawa se gargarisent de projets d’avenir, l’asphalte du présent se fissure, se creuse, nous avale.
La congestion monstre qui a paralysé la métropole cette semaine nous rappelle à quel point notre mobilité repose sur un fil : un seul point de rupture et des centaines de vies sont bloquées, suspendues. Des gens ratent leurs quarts de travail, leurs rendez-vous médicaux, leurs garderies. Des mères monoparentales accumulent les retards, des travailleurs précaires perdent des heures de salaire. Cette dépendance structurante à l’automobile et aux grands axes routiers n’est pas un choix individuel, c’est une architecture politique : l’étalement urbain, le désinvestissement dans le transport collectif, l’abandon des régions au profit des centres. Un seul nid-de-poule géant, et c’est tout le château de cartes qui s’écroule.
Pourquoi nos routes pourrissent-elles sous nos roues? Parce que l’entretien préventif, ça ne fait pas de belles conférences de presse. Les gouvernements préfèrent inaugurer de nouveaux tronçons, annoncer des mégaprojets, couper des rubans. Mais entretenir, réparer, anticiper, ça ne rapporte pas de votes visibles. Cette logique budgétaire de court terme nous condamne à gérer l’urgence plutôt qu’à prévenir la catastrophe. Et quand ça pète, on blâme la météo, le gel-dégel, le manque de budget. Jamais les choix politiques qui ont mené à cette négligence calculée.
Le coût social de cette défaillance dépasse largement les embouteillages. C’est la charge mentale qui explose, le stress qui s’accumule dans les corps déjà épuisés par la précarité. C’est la pollution qui s’intensifie quand des milliers de moteurs tournent au ralenti pendant des heures. C’est l’anxiété climatique qui se heurte à l’absurdité d’un système qui nous force à dépendre d’infrastructures fossilisées, littéralement en train de s’effondrer. Et ce sont les régions qui paient d’abord le prix de cet abandon : routes délabrées, ponts condamnés, services publics amputés, pendant que Montréal et Québec captent l’attention médiatique et les enveloppes budgétaires.
La transition écologique et la sécurité collective passent par des infrastructures publiques robustes, entretenues, pensées pour le bien commun et non pour le profit électoral. On ne bâtira pas un Québec résilient sur de l’asphalte troué et des promesses creuses. Il est temps d’exiger un réinvestissement massif dans nos routes, nos ponts, nos transports collectifs. Pas pour sauver l’automobile, mais pour garantir la dignité et la mobilité de toutes et tous. L’A-40 ne s’effondre pas toute seule : c’est notre modèle politique qui fissure, et on a intérêt à le réparer avant qu’il ne nous engloutisse complètement.





