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Ambulance disponible à Rimouski : l’absurde du réseau

Dans la nuit du 22 au 23 juillet, une médecin de l’Hôpital de Rimouski a vécu l’impensable : faute d’ambulance disponible, elle a dû monter sa patiente dans son propre véhicule et rouler pendant plus d’une heure et demie vers un autre établissement. Pendant que les négociations syndicales traînent en longueur et que les moyens de pression paralysent les services préhospitaliers, ce sont les malades et les soignant·e·s qui paient comptant. Cette scène nocturne, digne d’un film dystopique, n’est pas une anecdote : c’est le symptôme brutal d’un réseau de santé publique asphyxié, saigné à blanc par des décennies d’austérité et de mépris politique.

L’histoire aurait pu tourner au drame. Une patiente en situation critique, une professionnelle de la santé transformée en taxi d’urgence improvisé, une route de campagne plongée dans le noir : voilà à quoi ressemble concrètement la désorganisation du service public. Les ambulanciers et ambulancières sont en moyens de pression légitimes, réclamant des conditions décentes après des années d’épuisement. Mais quand le gouvernement refuse de bouger, ce sont les citoyen·ne·s des régions qui se retrouvent pris·e·s en otage entre deux feux. Personne ne devrait avoir à choisir entre respecter un droit de négociation et sauver une vie, pourtant c’est exactement ce dilemme obscène qu’on impose aux travailleur·euse·s de la santé.

Ce qui s’est passé à Rimouski n’est pas un accident de parcours, c’est le reflet d’une politique délibérée. Depuis des années, les régions du Québec voient leurs services de santé fondre comme neige au soleil : fermetures de lits, pénuries chroniques de personnel, infrastructures vétustes. On centralise tout à Québec et Montréal, on laisse les territoires se débrouiller avec des miettes, puis on s’étonne que ça explose. Les communautés locales crient leur détresse, les soignant·e·s s’épuisent, les patient·e·s souffrent. Pendant ce temps, les gestionnaires du réseau et les élu·e·s se renvoient la balle, incapables d’assumer la casse qu’ils ont eux-mêmes orchestrée.

Qui paie quand le service public se désorganise? Certainement pas les décideurs confortablement installés dans leurs bureaux climatisés. Ce sont les femmes, les personnes âgées, les plus pauvres, celleux qui vivent loin des grands centres. Ce sont les médecins qui doivent improviser des solutions absurdes en pleine nuit parce que personne n’a jugé bon d’investir dans un réseau d’ambulances digne de ce nom. C’est l’infirmière qui pleure dans sa voiture après son shift, le paramédic en burnout, la mère célibataire qui attend six heures aux urgences avec son enfant fiévreux. Le néolibéralisme aime bien parler d’efficacité, mais l’efficacité réelle, c’est celle des corps épuisés et des vies mises en danger.

Il faut dire les choses clairement : ce qui se passe dans nos régions est criminel. Criminel parce qu’évitable, criminel parce que politique, criminel parce qu’il découle de choix budgétaires délibérés qui privilégient les baisses d’impôts pour les riches plutôt que la santé collective. L’épisode de Rimouski doit devenir un cri de ralliement. Non, on n’acceptera pas que nos soignant·e·s deviennent des héros et héroïnes malgré eux parce que le système les abandonne. Non, on n’acceptera pas que les régions deviennent des zones sacrifiées. Il est temps de réinvestir massivement dans la santé publique, de respecter les travailleur·euse·s qui la font tenir à bout de bras, et de reconnaître que l’accès aux soins est un droit, pas un privilège géographique.

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