Quand Soraya Martinez Ferrada parle de campements urbains, elle parle en ministre qui gère des apparences, pas des vies. Sa rhétorique polie cache une vérité brutale : on préfère déplacer les tentes que construire des toits. On préfère balayer la misère hors de vue plutôt que d’affronter l’échec monumental d’un système qui transforme le logement en marchandise et abandonne des milliers de personnes au froid, à la rue, à la violence. Les campements ne sont pas un problème esthétique. Ils sont le symptôme visible et insupportable d’une politique du logement qui a tourné le dos à ceux qui crèvent de précarité.
Derrière chaque toile tendue entre deux poteaux, il y a une histoire d’exclusion systémique. Des loyers qui explosent pendant que les salaires stagnent. Une pénurie criminelle de logements sociaux que les gouvernements refusent de combler. Des services de santé mentale et de dépendance tellement saturés qu’ils renvoient les gens à la rue avec une liste d’attente et une prière. Une aide sociale si insuffisante qu’elle condamne ses bénéficiaires à choisir entre manger ou payer un demi-loyer dans un taudis insalubre. Le campement, ce n’est pas un choix de vie : c’est la dernière option quand toutes les portes se ferment, quand même les refuges débordent et que dormir dehors devient plus sûr que d’errer sans fin.
Alors oui, déplacer ces campements, c’est confortable pour les élus et les commerçants qui veulent une ville propre sur Instagram. Mais ça aggrave tout. Ça détruit les réseaux de solidarité fragiles que les personnes en situation d’itinérance tissent pour survivre. Ça disperse les ressources communautaires qui peinent déjà à suivre. Ça criminalise la pauvreté au lieu de la combattre. Pire encore, ça envoie un message clair : votre existence dérange plus que votre souffrance n’importe. Cette politique du déplacement perpétuel, c’est de la violence déguisée en gestion urbaine, et elle ne fait qu’enfoncer davantage ceux qui ont déjà tout perdu.
Pendant ce temps, les organismes communautaires étouffent. Ils colmatent les brèches d’un système en ruine avec des budgets de misère et des équipes épuisées. Ils font du triage humain, forcés de refuser des gens parce qu’il n’y a plus de lits, plus de fonds, plus de bras. Et les pouvoirs publics? Ils applaudissent leur dévouement tout en leur refilant la facture de leur propre démission. La responsabilité de l’État ne peut pas être sous-traitée éternellement aux bénévoles et aux travailleuses de rue. Il est temps que les gouvernements assument leur rôle : garantir le droit au logement, à la dignité, à la santé, à la sécurité. Pas juste en paroles, mais en investissements massifs et durables.
Nous ne sortirons pas de cette crise avec des mesures d’urgence ponctuelles et des annonces électorales. Il faut construire des milliers de logements sociaux maintenant. Il faut augmenter l’aide sociale au-dessus du seuil de pauvreté. Il faut financer massivement les services de santé mentale et de dépendance. Il faut arrêter de traiter l’itinérance comme un problème de comportement individuel et reconnaître enfin qu’elle est le produit d’un capitalisme sauvage qui marchandise le toit au-dessus de nos têtes. Les campements disparaîtront quand on donnera aux gens ce qu’ils méritent : un logement décent, un filet social solide, et le respect. Tout le reste n’est que gestion cosmétique d’une honte collective.





