On nous sert le même discours chaque été : « Hydratez-vous, restez à l’ombre, prenez soin de vos proches. » Comme si la chaleur était une épreuve démocratique, un désagrément partagé équitablement entre toutes et tous. Mais la vérité brûle autrement : la canicule ne frappe pas au hasard. Elle cible les pauvres, les vieux, les précaires, les migrant·es entassé·es dans des logements insalubres. Elle tue selon un code postal, un salaire horaire, un statut d’immigration. L’idée d’une crise climatique « égale pour tous » est une fiction dangereuse qui masque les rapports de pouvoir qui tuent.
Dans les quartiers populaires de Montréal, à Montréal-Nord ou dans Hochelaga, les îlots de chaleur transforment les rues en fournaises pendant que les arrondissements riches profitent d’arbres centenaires et de parcs verdoyants. Les travailleur·euses de la construction, les livreur·euses à vélo, les préposé·es aux bénéficiaires dans des CHSLD sans climatisation : ce sont elles et eux qui suent et s’effondrent pendant que les classes aisées télétravaillent dans des condos climatisés. Les aîné·es isolé·es meurent seul·es dans des appartements qui deviennent des pièges mortels, abandonnés par un État qui préfère parler de « résilience individuelle » plutôt que d’investir massivement dans le logement social et les infrastructures.
L’inaction politique est criminelle. Pendant que Québec et Ottawa multiplient les plans d’adaptation vagues et les campagnes de sensibilisation vides, rien de structurel ne change. On refuse d’imposer des normes strictes de température maximale dans les logements locatifs. On laisse les propriétaires exploiter des locataires dans des taudis sans ventilation. On continue de bétonner, de couper des arbres, de privilégier le profit immobilier sur la santé publique. Et quand les corps tombent, on blâme les victimes : « Pourquoi n’ont-ils pas appelé à l’aide ? » Parce que le système les a déjà abandonnés, voilà pourquoi.
La chaleur extrême révèle l’architecture brutale de nos inégalités : accès inégal aux soins, logements inadéquats, déserts alimentaires, isolement social organisé. Les personnes racisées et migrantes, surreprésentées dans les emplois précaires et les quartiers défavorisés, paient le prix fort d’un système qui les exploite et les expose. Les femmes, souvent responsables du soin familial sans ressources, jonglent entre enfants, parents vulnérables et travail, dans des conditions d’épuisement amplifié par la chaleur. Cette violence climatique n’est pas naturelle : elle est produite par des décennies de néolibéralisme, de racisme systémique et de mépris de classe.
Refuser cette fatalité, c’est exiger un État qui protège vraiment : logements sociaux climatisés, verdissement massif des quartiers pauvres, droits des travailleur·euses renforcés face aux conditions extrêmes, refuges climatiques accessibles et gratuits dans chaque arrondissement. Le soin collectif en temps de crise n’est pas un geste de charité : c’est une exigence politique, un acte de solidarité radicale contre un capitalisme qui préfère nous voir crever plutôt que de redistribuer les richesses. La canicule n’est pas neutre. Notre réponse non plus.





