Camille_Dufresne_2026-08-20_cine_panache_resistance

Ciné Panache : la culture comme résistance à l’école

L’école publique québécoise vient de remporter une bataille culturelle silencieuse mais décisive. Avec l’arrivée de Ciné Panache et de la collection de films québécois de Télé-Québec directement dans les salles de classe, on assiste à un geste politique autant que pédagogique : affirmer que la culture n’est pas un privilège réservé aux familles qui peuvent payer Netflix ou les sorties au cinéma, mais un droit fondamental. Dans un système où l’austérité gruge les budgets scolaires et où les jeunes sont bombardés par les algorithmes de plateformes commerciales, offrir un accès gratuit et structuré au cinéma d’ici, c’est reconnaître que l’imaginaire collectif se construit aussi entre les murs de l’école.

Ce qui se joue ici dépasse largement la projection d’un film entre deux cours de math. Ciné Panache permet aux élèves de se reconnaître dans des histoires qui leur ressemblent, de s’approprier une mémoire collective trop souvent invisibilisée par l’hégémonie culturelle anglo-américaine. Quand un jeune de Hochelaga ou de Jonquière voit à l’écran des paysages, des accents, des réalités qui font écho à son quotidien, il ne consomme pas seulement du divertissement : il construit un langage commun, forge un regard critique, apprend à nommer ce qu’il vit. C’est ce que les géants du streaming ne pourront jamais offrir, eux qui uniformisent les imaginaires au profit de la rentabilité.

Les enseignants deviennent ici des passeurs culturels essentiels, celles et ceux qui osent dire que oui, on peut ralentir, éteindre les notifications, et plonger collectivement dans une œuvre. Dans un contexte où les profs sont épuisés, sous-financés et parfois méprisés, cette initiative leur redonne un rôle de médiateur vivant entre les jeunes et leur propre culture. Elle reconnaît que l’éducation ne se limite pas aux compétences transversales et aux tests standardisés, mais qu’elle inclut la transmission d’un patrimoine vivant, ancré dans le territoire et dans la langue. C’est un rappel brutal mais nécessaire : l’école publique doit former des citoyens, pas des consommateurs dociles.

Face à l’uniformisation culturelle imposée par les plateformes commerciales, Ciné Panache incarne une forme de résistance. Alors que les algorithmes de YouTube et TikTok enferment les jeunes dans des bulles de contenu calibré pour maximiser l’engagement, cette initiative propose un espace de rencontre collective autour d’œuvres choisies pour leur valeur artistique et sociale, pas pour leur capacité à générer des clics. Elle rappelle qu’il existe encore des lieux — l’école, la classe — où la culture n’est pas monétisée, segmentée, personnalisée jusqu’à l’absurde, mais partagée, débattue, vécue ensemble.

Si on veut une école publique vivante, il faut lui redonner les moyens de nourrir l’imaginaire collectif. Ciné Panache et Télé-Québec ouvrent une brèche : ils démontrent qu’il est possible, même dans un système asphyxié, de créer des espaces de culture accessible et émancipatrice. Reste maintenant à amplifier ce geste, à le protéger des coupes budgétaires et de l’indifférence politique. Parce que la culture n’est pas un extra : c’est le ciment d’une société qui refuse de se dissoudre dans le marché.

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