Québec solidaire vient de planter un drapeau rouge sur le terrain miné du télétravail : abolir le retour forcé au bureau trois jours par semaine pour les fonctionnaires. Pendant que la CAQ et le Parti libéral s’accrochent à leur fantasme du bureau plein comme preuve de productivité, QS ose dire tout haut ce que des milliers de travailleuses et travailleurs murmurent depuis des mois : ce retour imposé n’a rien à voir avec l’efficacité, tout à voir avec le contrôle. C’est du management punitif déguisé en « culture organisationnelle », une vieille recette hiérarchique qui sent la naphtaline et le café d’entreprise réchauffé.
Derrière cette mesure coercitive se cache une violence insidieuse envers celles et ceux qui ont reconstruit leur vie autour du télétravail : les parents qui échappent enfin aux deux heures de transport quotidien, les personnes à mobilité réduite qui accèdent à l’emploi sans barrières architecturales, les travailleuses racisées qui évitent les micros-agressions du open space. Forcer ces gens à revenir, c’est leur dire que leur autonomie, leur santé mentale et leur conciliation famille-travail importent moins que la vision nostalgique d’un patron qui veut « voir » ses troupes. C’est sacrifier l’inclusion sur l’autel d’une autorité symbolique dépassée.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le télétravail réduit les émissions de GES, augmente la satisfaction au travail et maintient, voire améliore, la productivité dans la plupart des secteurs. Mais les gouvernements Legault et ses alliés libéraux préfèrent ignorer les données pour brandir le mythe du bureau comme lieu de « collaboration ». Collaboration forcée, oui. Car ce qu’ils refusent d’admettre, c’est que le vrai problème n’est pas l’absence physique, mais l’absence d’encadrement intelligent. Plutôt que d’investir dans la formation des gestionnaires, dans des outils numériques efficaces et dans une culture de confiance, ils choisissent la facilité : le contrôle visuel, le présentéisme toxique.
La proposition de QS ne se limite pas à défendre le confort individuel ; elle pose une question politique de fond sur le pouvoir au travail. Qui décide des conditions d’exercice d’un emploi ? Les employeurs qui veulent remplir leurs immeubles pour justifier leurs baux commerciaux, ou les travailleuses et travailleurs qui connaissent leurs besoins et leur réalité ? En s’attaquant au retour forcé, QS remet en cause la logique même du capitalisme autoritaire qui traverse nos organisations publiques. C’est un refus du travail comme lieu de soumission, une affirmation que les services publics doivent être pensés pour celles et ceux qui les rendent, pas seulement pour celles et ceux qui les dirigent.
Ce débat dépasse largement la fonction publique québécoise : il touche à la culture du travail post-pandémique, à la transition écologique, à l’égalité réelle. Les autres partis surfent sur la peur du changement et l’appel à l’ordre ; QS ose imaginer un monde du travail émancipateur. Reste à voir si l’électorat saura reconnaître ce courage politique, ou s’il préférera se replier dans le confort rassurant des vieilles disciplines patronales. Mais une chose est sûre : le combat pour le télétravail est aussi un combat pour la justice sociale, et il ne fait que commencer.





