Septembre à Montréal s’annonce comme un cauchemar de béton et de gaz d’échappement. Les chantiers mal coordonnés explosent aux quatre coins de l’île, transformant chaque déplacement en calvaire. Mais derrière cette paralysie qui étouffe la ville, il n’y a pas de fatalité: il y a des décennies de choix politiques conscients qui ont privilégié l’étalement urbain et l’automobile au détriment du transport collectif. Pendant que les autorités municipales et provinciales se renvoient la balle sur la coordination des travaux, c’est toute une logique d’aménagement du territoire qui se dévoile dans sa violence quotidienne. Montréal ne subit pas la congestion: elle l’a construite, boulevard par boulevard, stationnement par stationnement.
Cette crise de mobilité n’affecte pas tout le monde également. Ce sont les travailleurs et travailleuses qui doivent pointer à l’heure, les familles qui jonglent entre la garderie et le boulot, les services d’urgence coincés dans le trafic, les personnes à mobilité réduite abandonnées dans un réseau inaccessible. Pendant qu’on compte les minutes perdues des automobilistes pour justifier de nouveaux élargissements routiers, personne ne calcule le coût réel payé par celles et ceux qui n’ont pas accès à une voiture ou qui tentent désespérément de prendre le métro bondé ou l’autobus qui n’arrive jamais. La justice urbaine exige qu’on cesse de mesurer l’efficacité d’une ville à la vitesse à laquelle on peut la traverser en VUS.
Le désastre de coordination des chantiers n’est pas un accident bureaucratique: c’est le symptôme d’une gestion municipale qui manque cruellement de vision et de courage politique. Quand plusieurs paliers de gouvernement se partagent le territoire sans véritable planification intégrée, c’est la population qui ramasse les pots cassés. Mais surtout, ces travaux perpétuels servent trop souvent à maintenir et élargir un réseau routier déjà surdimensionné, plutôt qu’à créer des alternatives crédibles. Chaque dollar investi dans un nouvel échangeur autoroutier est un dollar volé au REM, au tramway, aux pistes cyclables protégées, aux trottoirs accessibles.
L’impact climatique et sanitaire de cette dépendance automobile devrait nous réveiller en sursaut. Montréal respire les particules fines et contribue massivement aux émissions de gaz à effet de serre du Québec, tout en prétendant atteindre des cibles climatiques ambitieuses. Les enfants qui grandissent près des axes autoroutiers développent plus d’asthme, les îlots de chaleur se multiplient dans les quartiers bétonnés, et la crise climatique frappe déjà à nos portes avec des canicules de plus en plus meurtrières. Continuer à penser la ville pour l’automobile en 2026, c’est criminel. Ce n’est plus une question de confort ou d’efficacité: c’est une question de survie collective.
Il est temps d’exiger une révolution de la mobilité urbaine qui place les personnes avant les machines. Cela signifie un moratoire sur l’élargissement routier, un investissement massif et urgent dans le transport collectif gratuit et accessible, des quartiers conçus pour la proximité plutôt que pour la vitesse, et une réelle coordination démocratique de l’aménagement du territoire. Les solutions existent, elles sont documentées, appliquées ailleurs dans le monde. Ce qui manque, c’est la volonté politique de briser avec des décennies d’aménagement capitaliste qui a sacrifié nos vies sur l’autel de la croissance et du profit immobilier. Montréal mérite mieux qu’un éternel embouteillage: elle mérite de respirer, de vivre, de se déplacer librement.





