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Crise des restaurants : une assiette à moitié vide

Près d’un restaurant canadien sur deux ne parvient plus à engranger de profits. Une statistique brutale qui cache un cocktail inquiétant de pressions économiques : loyers commerciaux exorbitants, plateformes de livraison accaparant jusqu’à 30 % des ventes, et un panier d’épicerie en constante inflation. Confrontés à une hausse rapide de leurs coûts fixes combinée à une population qui serre la ceinture, les restaurateurs naviguent entre dettes et épuisement.

Dans cette tempête, de nombreux artisans de la restauration voient leur vocation s’effondrer. Marie-Line, qui tient un bistro à Trois-Rivières depuis dix ans, a épuisé ses économies au fil de la pandémie et lutte maintenant pour payer ses fournisseurs à temps. « On tient parce qu’on aime notre métier, mais à quel prix ? » dit-elle. Son histoire est loin d’être isolée : selon Restaurants Canada, la moitié des restaurateurs évaluent leur survie à moins de six mois sans aide substantielle.

Les répercussions s’étendent au-delà des cuisines. Le secteur de la restauration est un pilier de l’emploi précaire, souvent premier point d’entrée pour les jeunes et les nouveaux arrivants. Or, avec des marges qui fondent, les employeurs rognent sur les horaires, repoussent les augmentations salariales ou ferment tout bonnement boutique. En janvier, le secteur a perdu 7 500 emplois nets, forçant plusieurs employés à enchaîner deux ou trois petits boulots pour survivre.

Cette fragilité sectorielle met aussi en lumière un déséquilibre plus large dans les forces du marché. Le pouvoir s’est concentré entre les mains des plateformes numériques et des bailleurs, rendant les petits restaurateurs dépendants et vulnérables. Dans un écosystème où Uber Eats impose ses prix et où les franchises dominent les artères principales, parler de libre concurrence devient un exercice théorique. Sans régulation, l’hétérogénéité culinaire locale risque de disparaître au profit d’un menu standardisé contrôlé par l’algorithme et les fonds immobiliers.

Mais tout n’est pas joué. Certains restaurateurs s’organisent collectivement, comme à Vancouver où un regroupement indépendant négocie des tarifs planchers avec les plateformes. À Montréal, des coopératives de livraison voient le jour, misant sur des modèles sans extraction de valeur. Parallèlement, des politiques publiques — subventions ciblées, plafonnement des commissions des plateformes, aide au loyer — pourraient offrir un répit salutaire. Face à la crise, la solution ne viendra ni d’un miracle de marché ni de la seule résilience individuelle, mais d’un effort combiné d’action collective et de volonté politique éclairée.

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