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Crise du logement : 281 logements neufs, pas assez

Le coup de pioche a été donné cette semaine dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension pour un chantier de 281 unités résidentielles, un projet porté par des promoteurs privés avec l’appui municipal. Sur papier, c’est une bonne nouvelle : chaque logement construit élargit l’offre dans une métropole où le taux d’inoccupation frôle les 1,5 % et où des milliers de ménages cherchent un toit abordable. Mais les chiffres bruts ne racontent qu’une partie de l’histoire. Car si la construction résidentielle demeure indispensable, elle ne garantit ni l’accessibilité financière ni la stabilité locative sans interventions complémentaires.

Les données le montrent : Montréal a besoin d’environ 10 000 nouvelles unités par année pour suivre la croissance démographique et absorber la demande accumulée. Les 281 logements annoncés représentent donc moins de 3 % du volume annuel nécessaire. De plus, les projets privés récents dans le secteur affichent généralement des loyers bien au-dessus de la capacité de paiement des ménages à faible ou moyen revenu. Selon les données de la SCHL, le loyer médian d’un deux-pièces neuf à Montréal dépasse désormais 1 400 $ par mois, soit une hausse de plus de 30 % en cinq ans.

L’enjeu central n’est donc pas seulement de construire, mais de construire ce qui correspond aux besoins réels. Or, les listes d’attente pour le logement social dépassent les 25 000 ménages au Québec, et la part des unités abordables dans les nouveaux projets reste marginale. Sans mécanismes de régulation — plafonds de loyers, quotas de logements communautaires, freins à la spéculation foncière —, l’augmentation de l’offre profite d’abord aux segments aisés du marché et tarde à se répercuter sur les locataires vulnérables.

Il existe pourtant des leviers efficaces. La Ville pourrait conditionner l’octroi de permis à l’inclusion de logements abordables ou sociaux, renforcer les outils de préemption foncière, ou bonifier les programmes d’aide à l’accession et à la construction coopérative. Plusieurs municipalités nord-américaines imposent désormais des proportions minimales d’unités à loyer modique dans tout projet de plus de 50 logements. Ces politiques, combinées à un financement provincial et fédéral soutenu, permettent de transformer la relance du chantier en véritable levier d’équité.

En somme, ce projet de 281 logements mérite d’être salué comme un pas concret, mais il serait dangereux de le présenter comme une réponse suffisante. L’écart entre l’offre actuelle et les besoins demeure béant, et la construction privée classique ne suffira jamais à elle seule. Pour que Montréal reste une ville accessible, il faudra multiplier ce genre de chantiers, tout en les encadrant par des politiques publiques ambitieuses. L’empathie envers les locataires en difficulté doit s’arrimer à des preuves tangibles : sans volonté politique forte, la crise du logement restera intacte, malgré les pelleteuses.

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