Le Réseau express métropolitain devait changer la donne. Brossard, quartier Dix30, station Du Quartier : des tours résidentielles promises, des milliers de logements annoncés, le rêve d’une densification verte autour du transport collectif. Mais aujourd’hui, les grues se taisent. Des projets suspendus, des révisions à la baisse, des permis qui traînent. Pendant ce temps, des milliers de jeunes ménages, de travailleuses essentielles, de familles immigrantes cherchent désespérément un toit abordable. La crise du logement ne s’arrête pas devant les panneaux publicitaires de condos de luxe. Elle s’aggrave dans l’ombre de cette urbanisation qui n’arrive jamais.
Ce qui bloque? Le discours officiel parle de « conjoncture difficile », de « coûts de construction » et de « marché incertain ». Traduction : les promoteurs veulent du rendement maximum, et si les marges ne sont pas assez juteuses, ils mettent tout sur pause. Pas question de bâtir du logement social, de coopératives ou d’habitation communautaire. Le REM était censé structurer un développement orienté vers les usagers du transport en commun, mais il sert surtout de levier marketing pour des condos hors de prix. Résultat : on nous vend du vent, et les chantiers restent en plan.
Les conséquences, elles, sont bien réelles. Des locataires expulsés pour « rénovations », des hausses de loyer de 30 à 40 %, des familles qui déménagent en banlieue lointaine parce qu’elles n’ont plus les moyens de rester près de leur travail, de l’école des enfants, de leur réseau. À Brossard comme ailleurs sur la Rive-Sud, la spéculation immobilière transforme des quartiers entiers en zones interdites aux revenus modestes. Les annonces gouvernementales pleuvent, les subventions aussi, mais rien ne change sur le terrain. Pendant qu’on révise les projets, des gens vivent dans leur auto ou s’entassent à trois familles dans un cinq et demi.
Ce décalage est le symptôme d’un urbanisme malade, soumis aux diktats du marché. On privatise les profits, on socialise les infrastructures. Le REM, payé par nos impôts, devient un outil au service de la rente foncière. Les villes accordent des permis, assouplissent les règlements, espèrent que le privé construira. Mais le privé ne construit que ce qui rapporte. Et ce qui rapporte, ce n’est jamais du logement abordable. Le logement social, lui, reste une ligne budgétaire qu’on sacrifie à la première coupure. Il faut nommer ce système pour ce qu’il est : une machine à exclure, à gentrifier, à appauvrir.
Il est temps de reprendre le contrôle. Cela passe par un urbanisme public, par des investissements massifs dans le logement social et coopératif, par des acquisitions de terrains par les villes et la construction directe de HLM modernes et écologiques. Cela passe aussi par un moratoire sur les évictions, un encadrement sérieux des loyers, une taxation punitive sur la spéculation et les logements vacants. Les tours près du REM doivent servir à loger du monde, pas à enrichir des fonds de pension étrangers. La crise du logement n’est pas une fatalité : c’est un choix politique. Et on peut en faire un autre.





