CamilleDufresne_2026-06-28_Quiveutvivrecommeca

Crise du logement à Québec : la vraie vie

« Qui veut vivre comme ça? » La question tombe comme une sentence dans la bouche de celles et ceux qui attendent, depuis des années, une place en HLM à Québec. Des milliers de ménages croupissent dans des appartements insalubres, trop petits, trop chers, pendant que les listes d’attente s’allongent indéfiniment. Les statistiques officielles peuvent bien s’améliorer sur papier, la réalité reste la même : on dort à quatre dans un trois et demi moisi, on paie 60 % de son revenu pour un taudis sans fenêtre, on attend un appel qui ne vient jamais. Cette phrase — « Qui veut vivre comme ça? » — n’est pas une plainte. C’est un cri de rage face à un système qui a abandonné les locataires au profit du marché privé.

Les chiffres mentent toujours un peu quand on les regarde de loin. Le gouvernement se félicite d’une baisse du taux d’inoccupation, d’investissements annoncés, de stratégies nationales. Mais derrière ces colonnes Excel se cachent des familles monoparentales, des personnes aînées, des travailleur·euses pauvres qui étouffent dans des logements inadéquats. L’écart entre le discours politique et la vie quotidienne est un gouffre. Pendant que les ministres inaugurent des condos de luxe, des enfants grandissent dans des appartements sans lumière naturelle, des mères célibataires sautent des repas pour payer le loyer. Les statistiques « améliorées » ne valent rien si elles ne se traduisent pas en clés dans les mains de celles et ceux qui en ont besoin.

Qui profite vraiment de ce statu quo meurtrier? Pas les locataires, évidemment. Ce sont les spéculateurs immobiliers, les fonds de pension qui achètent des immeubles entiers pour les vider et les revendre, les propriétaires qui augmentent les loyers sans vergogne parce que le marché le permet. Le logement est devenu une marchandise comme une autre, soumise aux lois de l’offre et de la demande, alors qu’il devrait être un droit humain fondamental. La dérégulation du marché privé a créé une machine à exclure : les plus vulnérables sont expulsé·es vers les périphéries, vers des logements délabrés, vers l’itinérance. Pendant ce temps, les profits s’accumulent dans les coffres de ceux qui n’ont jamais eu à choisir entre le loyer et l’épicerie.

La solution existe, elle est simple, elle est prouvée : construire massivement du logement social. Pas des unités au compte-gouttes, pas des projets pilotes, pas des partenariats public-privé qui enrichissent encore les mêmes. Des milliers de HLM, de coopératives d’habitation, de logements abordables gérés collectivement. Sans cela, la crise perdurera, s’aggravera, tuera à petit feu des générations entières. Les gouvernements successifs ont préféré subventionner le privé, miser sur le ruissellement magique du marché, plutôt que d’investir directement dans un parc public de qualité. Résultat : des listes d’attente interminables, des logements inadéquats, une détresse psychologique et sociale qui explose. Le temps des demi-mesures est révolu. Il faut un plan Marshall du logement social, maintenant.

Derrière chaque statistique, il y a un visage, un nom, une histoire. Des mères qui cachent la moisissure aux services sociaux de peur qu’on leur retire leurs enfants. Des personnes aînées qui vivent isolées dans des immeubles sans ascenseur. Des travailleur·euses précaires qui dorment dans leur voiture parce qu’ils n’ont plus les moyens de louer. « Qui veut vivre comme ça? » Personne. Mais tant que le logement restera une source de profit plutôt qu’un droit, des milliers de Québécois·es continueront de subir cette violence silencieuse. Écouter ces voix, leur donner l’espace qu’elles méritent, c’est le premier pas vers une vraie justice. Et exiger, sans relâche, que l’État cesse d’être complice de cette crise et devienne enfin le garant du droit au logement.

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