Le Fonds monétaire international vient de réviser à la baisse ses prévisions de croissance mondiale pour la troisième fois en un an. Cette nouvelle projection, qui place l’expansion économique globale sous la barre des 3 % pour 2026, confirme ce que plusieurs économistes anticipaient : nous entrons dans une ère de croissance structurellement plus faible. Les moteurs traditionnels s’essoufflent – la demande des ménages stagne dans les pays riches, l’investissement privé hésite face aux tensions géopolitiques persistantes, et la Chine ne joue plus son rôle de locomotive. Ce ralentissement n’est pas qu’un chiffre abstrait : il se traduira par des pressions accrues sur les finances publiques, des arbitrages difficiles en matière d’emploi et une anxiété économique diffuse qui traverse déjà les classes moyennes.
Face à ce diagnostic, le FMI propose son arsenal habituel : consolidation budgétaire, flexibilisation des marchés du travail, réformes structurelles pour stimuler la compétitivité. Ces prescriptions, éprouvées depuis des décennies, partent d’un postulat simple : libérer les forces du marché relancera la machine. Le problème, c’est que ces remèdes reviennent souvent à demander aux ménages et aux travailleurs de porter le poids de l’ajustement. Réduire les déficits publics implique généralement moins de services, moins d’investissements dans les infrastructures, moins de filets sociaux. Assouplir le marché du travail signifie souvent précariser davantage les emplois, affaiblir le pouvoir de négociation des salariés, comprimer les salaires réels. Or, c’est précisément cette compression de la demande intérieure qui explique en partie notre faiblesse actuelle.
Les risques de cette approche sont mesurables. Selon plusieurs études récentes de l’OCDE et du FMI lui-même, les politiques d’austérité menées après 2010 ont contribué à affaiblir durablement la croissance potentielle dans plusieurs économies avancées. L’investissement public en infrastructure, en éducation et en santé a chuté en proportion du PIB, freinant la productivité à long terme. Parallèlement, la précarité croissante de l’emploi a érodé la confiance des consommateurs et réduit leur propension à dépenser, creusant ainsi la spirale du ralentissement. Pour les ménages canadiens, déjà lourdement endettés et confrontés à une inflation alimentaire persistante, un nouveau cycle d’austérité pourrait se traduire par une dégradation tangible de leur niveau de vie.
Il est temps de questionner notre obsession pour le PIB comme seul indicateur de succès économique. La croissance du PIB ne dit rien sur la répartition des richesses, sur la qualité des emplois créés, sur la soutenabilité écologique de notre modèle. Une économie qui croît de 2,5 % en creusant les inégalités et en détruisant ses écosystèmes n’est pas plus performante qu’une économie qui croît de 1,8 % tout en renforçant la sécurité des revenus et en investissant massivement dans la transition énergétique. Les données de l’indice de développement humain ou du Genuine Progress Indicator montrent régulièrement des décalages importants avec le PIB : des pays affichant une croissance modeste peuvent surperformer en termes de bien-être collectif, de santé publique et de cohésion sociale.
Plutôt que de chercher à retrouver coûte que coûte les taux de croissance d’antan, nous devrions construire une économie plus résiliente. Cela passe par la sécurité des revenus : revenus minimums garantis, assurance-emploi renforcée, salaires décents indexés sur la productivité réelle. Cela exige aussi un investissement public massif dans la transition écologique, seul secteur capable de générer une demande durable tout en répondant à l’urgence climatique. Enfin, réduire les inégalités par une fiscalité progressive et des services publics robustes stabiliserait la consommation intérieure et offrirait un amortisseur face aux chocs externes. Les données sont claires : les sociétés plus égalitaires résistent mieux aux crises et affichent une croissance plus stable sur le long terme. C’est ce modèle, et non l’austérité recyclée, qui devrait guider nos choix collectifs.





