Une pétition circule dans une école secondaire de Saint-Hyacinthe. Son titre : « Légalisons le viol ». Pas une blague de mauvais goût isolée. Pas un « dérapage » d’ados en quête d’attention. C’est un symptôme violent d’une culture qui apprend aux garçons que le corps des filles est un terrain de jeu, que le consentement est négociable, que la violence sexuelle peut être une punchline. Et cette culture, elle n’est pas tombée du ciel. Elle se nourrit dans nos corridors d’école, dans nos vestiaires, dans nos fils de commentaires, dans le silence complice des adultes qui haussent les épaules et parlent de « boys will be boys ». Pendant ce temps, les élèves marginalisées, les jeunes filles, le personnel scolaire féminisé marchent sur des œufs, évitent certains coins, ravalent leur malaise. Ce n’est pas un accident. C’est un système.
On nous dira que c’est de la provocation, de l’humour noir, qu’il ne faut pas dramatiser. Mais derrière chaque « joke » sur le viol se cache une banalisation réelle, tangible, mesurable. Les statistiques le prouvent : une jeune femme sur trois subira une agression sexuelle avant 18 ans au Québec. Les survivantes témoignent : elles entendent ces blagues avant de subir l’agression, pendant, après. Elles voient leurs agresseurs minimiser, rire, continuer leur vie sans conséquence. Cette pétition, c’est la face visible d’un iceberg qu’on refuse collectivement de regarder. Et tant qu’on traitera ça comme un épiphénomène, comme un geste isolé, on continuera de trahir les victimes.
La réponse ne peut pas être uniquement punitive. Suspendre trois élèves ne changera rien si on ne transforme pas la culture qui les a rendus capables d’écrire ça. Il faut une éducation continue, systémique, sur le consentement, sur le respect, sur la responsabilité. Il faut parler aux garçons, aux hommes en devenir, de leur rapport au pouvoir, au corps d’autrui, à la violence qu’ils reproduisent souvent sans même la nommer. Il faut des cours obligatoires dès le primaire, des ressources pour le personnel enseignant, des espaces sécuritaires pour les survivantes. Il faut cesser de mettre le fardeau de la prévention sur les épaules des filles et commencer à exiger des comptes de ceux qui normalisent, qui rient, qui ferment les yeux.
Parce que ce n’est pas juste une affaire d’école. C’est une affaire de société. Quand des influenceurs masculins accumulent des millions de vues en prêchant la domination, quand des politiciens minimisent les agressions, quand la justice traite les plaintes pour agression sexuelle avec mépris et lenteur, on envoie un message clair : le viol, c’est pas si grave. Les jeunes captent ce message. Ils le retranscrivent, l’amplifient, le testent. Et les victimes en paient le prix, encore et toujours. On ne peut pas continuer à s’indigner ponctuellement sans s’attaquer aux racines. La misogynie n’est pas un bug, c’est une feature du système patriarcal. Et tant qu’on ne le démantelera pas, ces pétitions réapparaîtront, sous d’autres formes, dans d’autres écoles.
Il est temps de mobiliser. Pas juste pour réagir, mais pour transformer. Les groupes féministes, les collectifs étudiants, les enseignant·es conscientisé·es doivent prendre la rue, les conseils d’établissement, les médias. Il faut exiger des campagnes de prévention ambitieuses, des budgets pour l’éducation sexuelle émancipatrice, des sanctions réelles pour les institutions qui laissent pourrir le climat. Il faut nommer l’impunité sociale pour ce qu’elle est : une complicité active. Chaque silence est un consentement donné à la violence. Chaque minimisation est un feu vert pour la prochaine agression. À Saint-Hyacinthe comme partout ailleurs, le message doit être clair : la culture du viol, on la démantèle. Maintenant.





