AlexandreFortier_2026-07-05_quand_leau_manque_qui_paie_la_facture

Déficit infrastructures à Montréal : qui paie la facture ?

Les travaux sur l’avenue Atwater à Montréal s’éternisent, et avec eux, les appels à la population pour économiser l’eau. Ce qui devait être une intervention de routine se transforme en test de résilience pour les citoyens, pendant que les infrastructures vieillissantes révèlent l’ampleur du déficit d’entretien accumulé depuis des décennies. La question n’est plus seulement technique : elle devient politique. Quand les réseaux publics flanquent, demander aux ménages de fermer le robinet plus vite relève davantage de la gestion de crise que de la responsabilité partagée.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon la Fédération canadienne des municipalités, le déficit d’infrastructures au Canada dépasse les 175 milliards de dollars, et les réseaux d’aqueduc figurent parmi les plus négligés. À Montréal, près de 40% des conduites ont dépassé leur durée de vie utile. Chaque jour, des millions de litres se perdent dans le sol avant même d’atteindre les robinets. Les retards de chantier, comme celui d’Atwater, coûtent cher : main-d’œuvre immobilisée, commerces affectés, confiance érodée. Et pendant ce temps, on demande aux citoyens de compenser par leur comportement ce que la planification n’a pas su prévenir.

Les impacts économiques de ces défaillances dépassent largement l’inconfort individuel. Les restaurants, laveries, salons de coiffure et autres commerces dépendants de l’eau voient leur activité ralentie ou suspendue lors des avis d’économie. Les ménages à revenus modestes, déjà aux prises avec l’inflation, doivent parfois acheter de l’eau embouteillée ou modifier leurs routines. Les services publics — hôpitaux, écoles, résidences pour aînés — se retrouvent en mode dégradé. Cette cascade de perturbations a un coût social et économique mesurable, rarement comptabilisé dans les budgets municipaux.

La solution ne réside pas dans la morale, mais dans la méthode. Les villes qui investissent dans l’entretien préventif et la modernisation de leurs réseaux réduisent drastiquement les urgences et les pertes. Oslo, par exemple, a divisé par trois ses fuites en dix ans grâce à un programme rigoureux de détection et de remplacement ciblé. Montréal dispose d’un plan de réfection, mais son rythme actuel ne suit pas la dégradation. Prioriser les segments à risque, coordonner les chantiers pour limiter les impacts cumulatifs, et surtout, financer adéquatement ces travaux : voilà les leviers concrets d’une gouvernance responsable de l’eau.

L’appel à la responsabilité citoyenne garde son sens, mais il ne peut servir de paravent à l’inaction publique. Quand les robinets coulent jaune ou que les avis d’ébullition se multiplient, la confiance s’érode. Les Montréalais comprennent qu’économiser l’eau est nécessaire ; ils méritent aussi de savoir quand et comment leurs élus comptent s’attaquer sérieusement au problème structurel. Car au-delà des appels à la vertu individuelle, c’est la capacité collective à gérer une ressource vitale qui est en jeu. Et sur ce terrain, les données montrent qu’il reste beaucoup de travail.

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