Ils étaient des centaines de milliers, serrés sous un ciel saturé de rouge, blanc et bleu, à brandir des drapeaux au rythme des discours tonitruants. Le méga-rassemblement du 4 juillet orchestré par Donald Trump n’était pas une célébration de l’indépendance : c’était un spectacle de pouvoir, une liturgie nationaliste où chaque hymne, chaque feu d’artifice, chaque invocation de la grandeur américaine servait un seul dessein — discipliner la base, souder les rangs, effacer toute pensée critique sous le vernis scintillant du patriotisme. Dans cette grand-messe du drapeau, la politique disparaît derrière la mise en scène, et les vrais enjeux — ceux qui crèvent les yeux des travailleurs précaires, des familles endettées, des communautés ravagées par les crises climatiques — s’évaporent dans la fumée des pétards.
Car derrière le faste et les ovations, la droite trumpiste poursuit méthodiquement son agenda : démanteler les protections du travail, sabrer dans les programmes sociaux, ouvrir grand les vannes aux pétrolières et aux spéculateurs immobiliers. Le nationalisme qu’on nous vend n’est pas celui des salles de pause ou des lignes de piquetage, mais celui des conseils d’administration et des clubs privés, où les milliardaires trinquent à l’Amérique tout en évidant ses services publics et en privatisant ses infrastructures. Trump brandit le drapeau d’une main, et signe de l’autre des décrets qui enrichissent ses amis et appauvrissent le peuple qu’il prétend défendre. Le patriotisme-spectacle n’est qu’un rideau de fumée pour masquer le pillage en règle.
Cette rhétorique du drapeau, agitée comme un talisman, fonctionne parce qu’elle remplace l’analyse par l’émotion, la solidarité de classe par l’hystérie identitaire. Elle détourne la colère légitime des gens vers des boucs émissaires — les migrants, les « élites libérales », les militant·es pour le climat — pendant que les vrais responsables de la précarité et de l’injustice continuent tranquillement leurs affaires. À force de nous faire répéter que l’ennemi est dehors, on oublie de regarder en haut. À force de célébrer une nation mythifiée, on abandonne l’idée même de justice sociale, de redistribution, de transformation collective.
Le rassemblement du 4 juillet s’inscrit dans une stratégie bien rodée, celle des grandes opérations de communication orchestrées par les milliardaires et leurs relais médiatiques : occuper l’espace public, saturer l’imaginaire collectif, transformer chaque moment de rassemblement en machine à produire du consentement. C’est le même mécanisme que celui des super-bowls corporatifs, des conventions-shows et des campagnes publicitaires géantes — sauf qu’ici, le produit vendu, c’est l’adhésion aveugle à un projet politique qui enrichit une minorité au détriment de la majorité. Le spectacle devient politique, et la politique devient spectacle, dans une confusion savamment entretenue qui anesthésie la pensée critique.
Face à cette machine à endormir les consciences, il faut bâtir un contre-récit : un récit populaire, internationaliste, enraciné dans les luttes concrètes pour le logement, le climat, les droits du travail, la justice sociale. Un récit qui ne mise pas sur le drapeau, mais sur la dignité; pas sur la nostalgie, mais sur l’avenir; pas sur la haine de l’autre, mais sur la solidarité entre exploité·es. Le vrai patriotisme, s’il doit exister, c’est celui qui défend les gens, pas les symboles. C’est celui qui refuse les spectacles et organise les grèves. C’est celui qui sait que la liberté ne se célèbre pas une fois par année dans un stade, mais se conquiert tous les jours dans les rues.





