La transition énergétique ne peut pas se construire sur le dos des territoires et contre la volonté des communautés qui les habitent. C’est le message puissant qu’envoie la MRC de Mékinac en se dressant contre le projet d’éoliennes de TES Canada, un géant qui voudrait installer jusqu’à 200 turbines sans tenir compte des impacts réels sur le paysage, la vie quotidienne et l’équilibre écologique de la Mauricie. Le refus des élus locaux n’est pas un caprice de campagne, c’est un acte de résistance démocratique face à une transition imposée d’en haut, une transition qui ressemble davantage à une nouvelle forme de colonialisme vert qu’à une véritable justice climatique.
Les citoyens et citoyennes de Mékinac n’ont jamais dit non aux énergies renouvelables. Ce qu’ils refusent, c’est d’être traités comme de simples zones sacrificielles où l’on peut planter des centaines d’éoliennes sans consultation réelle, sans partage équitable des retombées économiques, sans contrôle local sur les nuisances sonores et visuelles qui transformeront leur quotidien. Les élus municipaux portent cette colère légitime : quand les profits s’en vont ailleurs et que les impacts restent ici, il ne s’agit plus de développement durable, mais d’exploitation déguisée en progrès écologique.
TES Canada promet des emplois, des redevances, un avenir radieux dans la filière de l’hydrogène vert. Mais les promesses de l’industrie ne suffisent plus. Les communautés ont vu trop souvent les multinationales arriver avec leurs belles paroles avant de partir avec les profits, laissant derrière elles des paysages défigurés et des populations dépossédées de leur droit de regard. La question n’est pas de savoir si on a besoin d’énergie propre – évidemment qu’on en a besoin – mais de savoir qui contrôle cette transition, qui en bénéficie vraiment, et qui paie le prix de la transformation.
Le bras de fer entre Mékinac et TES Canada révèle un enjeu fondamental que le gouvernement Legault refuse encore d’affronter : celui du consentement. Une transition juste, ce n’est pas seulement remplacer le pétrole par des éoliennes, c’est garantir que les populations locales aient un pouvoir réel de décision sur les projets qui transforment leur territoire. C’est partager équitablement les bénéfices économiques, pas juste les nuisances. C’est respecter l’autonomie municipale et le droit des communautés à dire non quand un projet menace leur qualité de vie et leur environnement immédiat.
Mékinac nous rappelle qu’il n’y aura pas de transition énergétique durable sans démocratie écologique. Que les grandes entreprises et les gouvernements complices cessent de traiter nos régions comme des déserts à exploiter. Que la lutte climatique ne peut pas se faire en écrasant les territoires et en ignorant celles et ceux qui les habitent. Si TES Canada et Québec veulent vraiment bâtir un avenir vert, ils devront d’abord apprendre à écouter, à négocier, à partager le pouvoir. Sinon, ils ne rencontreront que résistance. Et cette résistance est légitime, nécessaire, porteuse d’une transition qui refuse de sacrifier les plus vulnérables sur l’autel d’un capitalisme repeint en vert.





