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Expulsions accélérées et asile: la frontière arme de Trump

L’administration Trump vient de remporter deux « victoires » judiciaires majeures : les expulsions accélérées sans passage devant un juge et la restriction drastique du droit d’asile sont désormais légales. Derrière ce langage bureaucratique se cache une réalité brutale : des milliers de personnes fuyant la violence en Haïti, au Guatemala ou en Syrie se retrouvent expulsées en quelques heures, sans recours, sans avocat, sans humanité. Ce n’est pas une politique de sécurité. C’est une stratégie cynique qui transforme la souffrance humaine en capital électoral, en faisant croire aux électeurs blancs de la classe moyenne que leur insécurité vient d’en bas, et non d’un système qui les exploite par en haut.

Qui paie réellement pour ces « victoires » ? Les familles haïtiennes qui traversent des routes dangereuses, les enfants syriens séparés de leurs parents dans des centres de détention surpeuplés, les demandeurs d’asile honduriens qui se retrouvent renvoyés dans les mêmes conditions de violence qu’ils ont fuies. Le durcissement migratoire ne résout aucun problème structurel : ni la crise du logement, ni l’inflation, ni l’effondrement des services publics. Il ne fait que déplacer la violence, la rendre invisible, la sous-traiter à des pays tiers qui deviennent des zones-tampons pour absorber la misère que les États-Unis refusent de regarder en face.

Ce qui se joue à la frontière américaine a des conséquences directes ici, au Canada. Chaque fois que Washington durcit le ton, la pression migratoire se déplace vers le nord : rappelons-nous l’afflux massif au chemin Roxham en 2017 après les premières mesures de Trump. Aujourd’hui, avec la fermeture de facto du système d’asile américain, des milliers de personnes vont tenter leur chance par des routes plus dangereuses, ou se tourner vers des passages irréguliers. Et que fait Ottawa ? Il négocie en coulisse avec Washington pour « gérer les flux », comme si les êtres humains étaient de la marchandise. Le Canada n’est pas innocent : il participe à cette logique de forteresse, tout en se drapant dans un discours humanitaire de façade.

Aucune frontière ne se « protège » en piétinant les droits fondamentaux. L’asile est un droit reconnu par les conventions internationales que les États-Unis ont eux-mêmes signées. Le réduire à néant au nom de l’ordre public, c’est briser un principe moral élémentaire : celui qui fuit la persécution a le droit d’être entendu. Ce que Trump offre, c’est l’inverse : un tri racial et économique déguisé en contrôle des frontières. Les riches migrants blancs européens n’ont jamais eu de problème à traverser. Ce sont les pauvres, les racisés, les survivants de guerres qui deviennent des « menaces ».

Ce qui est insupportable, c’est l’hypocrisie. Les mêmes gouvernements qui parlent de « démocratie » et de « droits humains » ferment les yeux sur les expulsions à la chaîne, les enfants en cage, les naufrages en Méditerranée ou dans le Rio Grande. Ils fabriquent le chaos migratoire par leurs politiques impérialistes, leurs guerres, leurs accords commerciaux destructeurs, puis se scandalisent que les gens fuient. Le durcissement migratoire n’est pas une réponse : c’est un symptôme d’un système politique qui ne sait plus gouverner qu’en désignant des boucs émissaires. Et pendant ce temps, la vraie insécurité — celle des loyers impayables, des urgences débordées, de la crise climatique — continue de croître, intacte.

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