Trois mille vies en suspens. C’est le bilan comptable d’une institution qui vacille, mais c’est surtout l’angoisse quotidienne d’étudiant·e·s qui ne savent plus si leur diplôme vaudra encore quelque chose demain matin. Au Collège LaSalle, la menace de fermeture plane comme une dette impayée sur des jeunes déjà écrasé·e·s par les frais de scolarité, les loyers exorbitants et les promesses brisées d’un système qui leur avait juré que l’éducation était un ascenseur social. Sauf que cet ascenseur vient de tomber en panne entre deux étages, et personne ne sait quand — ni si — il repartira.
L’incertitude ne frappe pas tout le monde avec la même violence. Pour les étudiant·e·s internationaux·ales, déjà endetté·e·s jusqu’au cou pour payer des frais trois fois plus élevés, la fermeture signifie l’effondrement d’un projet de vie entier. Pour les jeunes racisé·e·s, queers ou issu·e·s de milieux précaires qui ont misé sur cette formation technique comme tremplin vers l’autonomie, c’est le tapis qu’on tire sous leurs pieds. Pendant ce temps, les gestionnaires et investisseurs qui ont transformé l’éducation en variable d’ajustement continuent de jongler avec des chiffres, loin des corridors vides et des carnets abandonnés.
Parce que oui, il faut le dire clairement: LaSalle n’est pas une institution en difficulté par hasard. C’est le symptôme d’un système qui a privatisé, marchandisé et financiarisé l’éducation jusqu’à en faire un actif spéculatif. Quand une école ferme, ce n’est pas un accident — c’est une faillite programmée par des décennies de politiques néolibérales qui ont transformé le savoir en produit et les étudiant·e·s en client·e·s jetables. L’éducation devait être un droit, un levier d’égalité; elle est devenue une marchandise qu’on liquide quand elle ne rapporte plus assez vite.
Les conséquences concrètes sont déjà là, tangibles, violentes. Des étudiant·e·s qui avaient signé des baux en misant sur la stabilité de leur parcours se retrouvent coincé·e·s avec des loyers impayables et nulle part où aller. D’autres, qui jonglaient déjà entre deux jobs précaires et les cours, voient leur santé mentale exploser sous la pression de l’inconnu. Les familles qui avaient tout misé sur cette formation — souvent en s’endettant — se demandent maintenant comment récupérer ne serait-ce qu’une fraction de cet investissement. Pendant ce temps, les lignes d’aide psychologique débordent et les organismes communautaires ramassent les pots cassés d’un naufrage institutionnel.
Ce qu’il faut retenir de cette catastrophe annoncée, c’est que l’école ne peut pas être une entreprise parmi d’autres. Quand on traite l’éducation comme un commerce, on accepte tacitement que certain·e·s soient sacrifiables au nom de la rentabilité. LaSalle est un avertissement, un cri d’alarme qui devrait nous forcer à repenser collectivement le statut de l’éducation dans notre société. Parce que si on laisse couler cette institution sans réagir, sans exiger des comptes et des solutions structurelles, on accepte que des milliers de jeunes soient broyé·e·s par la logique du profit. Et ça, ce n’est pas un simple dossier administratif — c’est une violence systémique qu’on doit nommer et combattre.





