Une travailleuse poursuit la FTQ-Construction et son ex-président pour agressions sexuelles répétées. Le message est clair comme du béton coulé: les chantiers ne sont pas des zones de non-droit, et les syndicats qui ferment les yeux deviennent complices. Pendant des années, cette femme a enduré les attouchements, les propositions dégradantes, l’atmosphère toxique d’un milieu qui prétendait défendre ses droits tout en la livrant à son agresseur. Les détails de la poursuite révèlent ce que trop de travailleuses savent déjà: le harcèlement sexuel ne connaît ni frontière de classe ni immunité syndicale. Quand celui qui devrait incarner la solidarité ouvrière devient prédateur, c’est tout l’édifice qui s’effondre.
Cette affaire expose brutalement les rapports de pouvoir qui traversent les milieux ouvriers et syndicaux. Dans un secteur historiquement masculin comme la construction, les femmes restent minoritaires, isolées, vulnérables. La culture du chantier glorifie encore trop souvent une virilité toxique où les blagues salaces et les comportements déplacés passent pour de la camaraderie. Quand l’agresseur occupe la présidence d’une centrale syndicale, la hiérarchie devient écrasante: dénoncer, c’est risquer son emploi, son intégration, sa réputation. La plaignante a vécu l’enfer que vivent des milliers de travailleuses: le silence comme stratégie de survie, l’isolement comme punition, la peur des représailles comme prison invisible.
Le prix du silence pèse lourd sur les épaules des victimes. Les mécanismes internes des syndicats, conçus pour protéger les membres contre les patrons, se révèlent souvent impuissants face aux violences entre travailleurs ou venant de leurs propres dirigeants. La solidarité mal placée protège les agresseurs: on minimise, on évite le scandale, on privilégie l’unité apparente plutôt que la justice réelle. Cette culture du boys’ club syndical reproduit exactement ce qu’on dénonce chez les employeurs: l’impunité des puissants, le sacrifice des plus vulnérables. Tant que les organisations ouvrières traiteront les agressions sexuelles comme des problèmes personnels plutôt que comme des enjeux structurels de santé et sécurité au travail, elles trahiront leur mission.
Car voilà le cœur du problème: défendre les emplois sans défendre les personnes, c’est une imposture. Un syndicat qui tolère les violences sexuelles en son sein ne défend pas les travailleuses, il perpétue leur oppression. La sécurité au travail ne se limite pas aux casques et aux harnais: elle inclut le droit de travailler sans être tripotée, humiliée, harcelée. La dignité n’est pas négociable. Quand la FTQ-Construction se retrouve sur le banc des accusés aux côtés de son ex-président, c’est toute la question de la responsabilité institutionnelle qui surgit: jusqu’où une organisation est-elle comptable des actes commis par ses dirigeants? Jusqu’où doit-elle aller pour protéger ses membres les plus précaires?
Il est temps de rompre avec ce modèle défaillant. Les pistes existent: procédures de plainte indépendantes, gérées hors des structures syndicales pour éviter les conflits d’intérêts; protection garantie des plaignantes contre toute forme de représailles; formation obligatoire sur les violences sexistes; tolérance zéro réelle, avec sanctions immédiates et transparentes. Les syndicats doivent choisir leur camp: celui des dominants qui abusent de leur pouvoir, ou celui des travailleuses qui exigent justice. Cette poursuite n’est pas qu’une affaire individuelle, c’est un cri collectif pour que les chantiers deviennent enfin des lieux de travail sécuritaires pour toutes. Le mouvement syndical doit se réinventer ou crever de ses contradictions.





