Près de 950 incendies de forêt brûlent en ce moment même à travers le Canada, dont plus de 200 complètement hors de contrôle. Ce n’est plus une crise, c’est le nouveau réel. Ce n’est plus l’exception d’un été caniculaire, c’est le verdict implacable d’un système économique qui a choisi, encore et encore, les profits pétroliers plutôt que la vie. Pendant que les cheminées de l’Alberta crachent du bitume et que nos gouvernements subventionnent les fossiles à coups de milliards, le pays brûle littéralement sous nos pieds. La fumée qui étouffe Montréal, Toronto, et des dizaines de villes n’est pas un accident météorologique : c’est la facture qu’on nous envoie pour des décennies d’inaction climatique criminelle.
Les premiers à payer ce prix ne sont jamais ceux qui siègent dans les tours climatisées du centre-ville. Ce sont les travailleuses de la construction qui respirent des particules fines toute la journée, les personnes âgées isolées dans des logements sans ventilation adéquate, les enfants asthmatiques dont les urgences débordent, les familles pauvres qui n’ont pas les moyens de s’acheter un purificateur d’air à 300$. Ce sont aussi les communautés autochtones du nord, évacuées à répétition, dépossédées encore une fois de leurs territoires par un colonialisme qui prend maintenant la forme de flammes et de cendres. L’injustice climatique n’est pas une métaphore : elle tue, elle déplace, elle asphyxie, et elle frappe toujours les mêmes.
Quand on parle de « mauvaise qualité de l’air », minimisons-nous sciemment une urgence de santé publique majeure. Respirer l’équivalent de quinze cigarettes par jour n’est pas un « inconvénient passager » : c’est une agression systémique contre nos poumons, nos cerveaux, nos corps. Les particules fines pénètrent profondément dans nos systèmes respiratoires et cardiovasculaires, augmentent les risques d’AVC, de cancers, de complications pour les femmes enceintes. Les études le montrent depuis des années, mais nos dirigeants préfèrent émettre des « avis » plutôt que d’agir à la racine. Ils nous conseillent de rester à l’intérieur pendant qu’ils refusent d’investir massivement dans la prévention des feux, l’aménagement du territoire résilient, et surtout, la sortie urgente des énergies fossiles.
On préfère gérer l’urgence plutôt que prévenir la catastrophe. On envoie des pompiers héroïques au front, on évacue des villages entiers, on distribue des masques N95 comme des pansements sur une plaie béante. Mais où sont les plans massifs de reboisement intelligent, de protection des forêts, de gestion écologique des territoires? Où est l’investissement dans des infrastructures urbaines résilientes, dans des logements ventilés et isolés pour tous, dans des transports en commun gratuits et écologiques pour réduire notre dépendance à l’auto? Nulle part. Parce que prévenir coûte cher à court terme et dérange les intérêts économiques dominants. Alors on réagit, on répare, on compte les morts, et on recommence l’année suivante. C’est de la gestion de crise permanente déguisée en gouvernance responsable.
La seule issue, c’est la rupture. Rupture avec le capitalisme fossile qui nous mène droit dans le mur enflammé. Rupture avec l’austérité qui affame nos services publics et nos capacités collectives. Il nous faut un plan d’urgence climatique qui mette la justice au cœur : transport collectif accessible partout, logement social écologique et abordable, santé publique renforcée, solidarité entre les régions et les générations, reconnaissance pleine et entière des droits autochtones sur leurs territoires. Les 950 feux qui brûlent aujourd’hui ne sont pas une fatalité naturelle, ce sont des signaux d’alarme politiques. Soit on change de système, soit le système nous consume. Le choix n’a jamais été aussi clair, ni aussi urgent.





