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Incendies de forêt en Ontario : l’État regarde ailleurs

Les forêts du Nord-Ouest de l’Ontario sont en train de s’effondrer sous les flammes, et ce n’est pas une nouvelle surprise météo, c’est le résultat d’années d’inaction politique délibérée. Pendant que les communautés autochtones évacuent leurs maisons pour la troisième année consécutive et que les pompiers forestiers s’épuisent dans des conditions infernales, les gouvernements provincial et fédéral continuent de parler de « gestion de crise » comme s’il s’agissait d’un événement exceptionnel. Réveillez-vous : la crise climatique est permanente, et notre système de protection est déjà dépassé. L’appel répété des experts pour augmenter la flotte de Canadair et d’hélicoptères bombardiers d’eau n’est pas une recommandation technique, c’est un cri de survie collective que nos élites choisissent de ne pas entendre.

Les chiffres sont accablants et témoignent d’un sous-investissement chronique. Le Canada compte à peine une vingtaine de Canadair pour surveiller et combattre des millions d’hectares de forêt inflammable, une réalité qui serait risible si elle n’était pas mortelle. Les provinces se disputent ces avions comme des gamins dans une cour d’école, faute de coordination interprovinciale digne de ce nom. Résultat : quand le Québec brûle, l’Ontario attend son tour; quand l’Ontario s’embrase, c’est la Saskatchewan qui prie pour que les flammes ne traversent pas. Ce jeu de chaises musicales aérien est le symptôme d’un État qui refuse d’assumer la dimension systémique de l’urgence climatique. Investir massivement dans les moyens aériens, former davantage de personnel, créer des réserves stratégiques nationales : tout ça est techniquement faisable, mais politiquement ignoré.

Sur le terrain, les pompiers forestiers racontent une réalité que les communiqués de presse omettent soigneusement. Ils décrivent des journées interminables où ils combattent des brasiers avec un équipement vieillissant et des effectifs insuffisants, souvent sans relève adéquate. Les communautés rurales et autochtones, elles, vivent l’enfer au ralenti : évacuations répétées, pertes économiques, traumatismes psychologiques qui s’accumulent saison après saison. À Red Lake, à Pikangikum, à Thunder Bay, les gens ne parlent plus de « si » mais de « quand » le prochain feu va frapper. Ces populations ne sont pas des victimes passives d’une fatalité naturelle, elles sont abandonnées par un système politique qui les traite comme des dommages collatéraux acceptables dans l’équation budgétaire.

Derrière cette catastrophe annoncée se cachent des choix idéologiques clairs : l’austérité néolibérale appliquée aux services publics essentiels, le refus de planifier à long terme, la priorité donnée aux subventions pétrolières plutôt qu’à la prévention des désastres climatiques. Quand Doug Ford coupe dans les programmes de surveillance forestière et que Justin Trudeau finance des pipelines avec une main pendant qu’il serre celle des climatologues de l’autre, on ne peut plus parler d’incompétence. C’est de la complicité active avec l’effondrement. L’Ontario d’aujourd’hui est l’avertissement national que personne ne veut lire : si on ne change pas radicalement de cap, chaque province connaîtra cette violence à répétition, et nos infrastructures de défense resteront pathétiquement inadéquates.

La seule réponse acceptable à cette urgence permanente, c’est une mobilisation publique massive, coordonnée et financée comme si nos vies en dépendaient — parce que c’est le cas. Il faut tripler la flotte aérienne de lutte contre les incendies, créer un corps fédéral d’intervention rapide, investir dans la prévention et la gestion des combustibles forestiers, et surtout, écouter les communautés qui vivent au front. Ça coûtera cher? Beaucoup moins que les milliards perdus chaque année en destructions, en évacuations et en dégradation de la santé publique. Le choix est simple : soit on finance la protection collective maintenant, soit on paie le prix de l’inaction dans le sang, la suie et les cendres. Le feu ne négocie pas, et le climat non plus.

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