Les tempêtes se multiplient, les réseaux électriques s’effondrent, les canicules tuent en silence. Et pendant ce temps, ce ne sont pas les PDG dans leurs tours climatisées qui étouffent, ni les propriétaires de triplex qui dorment dans des refuges surpeuplés. Non. Ce sont les locataires entassés dans des logements mal isolés, les personnes itinérantes abandonnées sur l’asphalte brûlant, les travailleurs précaires qui n’ont pas les moyens de manquer une journée même quand Hydro-Québec lâche. La crise climatique n’est pas un grand égalisateur : c’est un révélateur brutal des inégalités de classe, un scanner social qui montre exactement qui compte et qui crève dans l’indifférence.
Chaque orage violent, chaque vague de chaleur extrême expose la même réalité : notre système protège d’abord ceux qui ont les moyens de se protéger eux-mêmes. Les quartiers riches ont des arbres, des espaces verts, des infrastructures qui tiennent le coup. Les quartiers pauvres, eux, cumulent les îlots de chaleur, les pannes prolongées, les bâtiments vétustes où la moisissure dispute la place à la chaleur mortelle. Les agriculteurs, déjà pressurés par les multinationales et les chaînes d’approvisionnement extractives, voient leurs récoltes détruites par des événements météo de plus en plus imprévisibles, sans filet de sécurité digne de ce nom. Et pendant ce temps, les gouvernements continuent de subventionner les pétrolières à coups de milliards.
La crise du logement et la crise climatique ne sont pas deux problèmes distincts : elles s’entremêlent, se renforcent, s’alimentent mutuellement. Quand un propriétaire refuse d’installer un climatiseur ou de rénover un appartement parce que ça coupe dans ses profits, c’est une violence structurelle. Quand les politiques publiques laissent des milliers de personnes sans toit pendant les canicules, c’est un choix politique. Quand on investit encore dans l’expansion fossile au lieu de mettre à niveau nos infrastructures énergétiques et de construire des logements sociaux écologiques, on choisit délibérément de sacrifier les plus vulnérables sur l’autel de la croissance.
Face à ces chocs répétés, on nous sert le discours lénifiant de la « solidarité » et de la « résilience communautaire ». Mais la solidarité, ce n’est pas un pansement sur une plaie ouverte par des décennies de néolibéralisme. La vraie solidarité, c’est politique : c’est exproprier les logements vacants, nationaliser l’énergie pour la mettre au service du bien commun, taxer massivement les ultra-riches et les corporations pour financer une transition juste. C’est arrêter de traiter les catastrophes climatiques comme des « accidents » et reconnaître qu’elles sont le produit direct d’un système économique qui valorise le profit avant la vie.
Chaque tempête, chaque canicule, chaque panne prolongée nous rappelle la même vérité insupportable : ce système est conçu pour protéger les riches d’abord. Les autres, on les compte après, quand il reste du temps et du budget. Mais ce temps est révolu. Le climat ne négocie pas, et les corps qui tombent sous la chaleur ou dans l’effondrement des infrastructures non plus. Si on veut survivre collectivement à ce qui vient, il faut briser ce pacte mortifère avec le capital fossile et bâtir un monde où personne ne crève parce qu’il fait trop chaud ou que le courant a sauté. Un monde où la justice climatique et la justice sociale ne font qu’un, parce qu’elles l’ont toujours été.





