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Logements vides à Montréal : la guerre de classe continue

Pendant que des milliers de ménages montréalais arrachent les murs à la recherche d’un toit abordable, 25 000 logements restent vides sur l’île de Montréal. Ce n’est pas un paradoxe, c’est une stratégie. La vacance immobilière n’est pas un accident de marché : c’est une arme de classe, brandie par des propriétaires et des investisseurs qui préfèrent laisser pourrir leurs biens plutôt que de baisser leurs prix. Chaque appartement vide est une démonstration de pouvoir, un message clair envoyé aux locataires : vous crèverez dehors avant qu’on cède un seul dollar de profit. Cette violence silencieuse, feutrée dans les colonnes Excel des fonds immobiliers, tue aussi sûrement qu’une expulsion en plein janvier.

La spéculation transforme le logement en casino, et nous sommes les jetons qu’on sacrifie. Les investisseurs achètent, stockent, attendent que la rareté organisée fasse grimper les prix, puis revendent avec des marges obscènes. Pendant ce temps, les listes d’attente pour le logement social s’allongent, les campements d’itinérance se multiplient, et les familles s’entassent dans des taudis infestés de moisissures. Le marché libre n’a jamais été libre : il est verrouillé au profit des plus riches, qui accumulent les propriétés comme des trophées tandis que le reste d’entre nous se bat pour des miettes. Cette rareté n’est pas naturelle, elle est fabriquée, entretenue, rentabilisée.

L’inaction politique n’est jamais neutre. Quand les gouvernements refusent de taxer sévèrement la vacance, de plafonner les loyers ou d’exproprier les spéculateurs, ils choisissent un camp : celui du capital contre celui du peuple. Québec et Ottawa se renvoient la balle pendant que les promoteurs font des milliards sur notre dos. Construire du social ? Trop lent, trop cher, disent-ils. Mais pour qui est-ce trop cher ? Certainement pas pour ceux qui empochent les profits de la crise. Chaque jour d’inaction est une déclaration de guerre contre les locataires, contre les jeunes, contre les familles précaires qui n’ont plus de place dans leur propre ville.

Des solutions existent, mais elles exigent du courage : taxer la vacance jusqu’à ce qu’elle devienne plus coûteuse que la location, encadrer drastiquement les loyers, réquisitionner les logements vides pour les transformer en habitations sociales. D’autres villes l’ont fait, mais ici, on préfère laisser le marché décider, comme si le marché avait une conscience. Il n’en a pas. Il n’a qu’un moteur : l’enrichissement des plus fortunés au détriment de la majorité. Il est temps de traiter la vacance pour ce qu’elle est : un scandale, un crime social, une insulte collective à toutes celles et ceux qui dorment dans leur voiture ou sur un matelas de fortune.

La crise du logement n’est pas une fatalité météorologique tombée du ciel : c’est une guerre de classe menée par le haut, et nous sommes en train de la perdre. Vingt-cinq mille logements vides, c’est 25 000 preuves que le système fonctionne exactement comme prévu : en concentrant la richesse, en chassant les pauvres, en transformant nos quartiers en terrains de jeu pour investisseurs. Si on ne se bat pas maintenant, si on ne mobilise pas, si on ne force pas nos élus à choisir entre nous et eux, cette ville ne nous appartiendra plus. Elle ne nous appartient déjà presque plus. Il est temps de reprendre ce qui nous revient, logement par logement, rue par rue.

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