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Maintien à domicile : la révolution qu’on refuse

Pendant que Québec annonce à grands coups de pelle dorée de nouvelles « maisons des aîné·e·s » à 800 000 $ la place, des milliers de personnes âgées attendent chez elles, isolées, sans soutien adéquat, que le système daigne reconnaître une vérité criante : vieillir dans son propre logement, entouré·e de ses souvenirs et de sa communauté, c’est souvent plus digne, plus humain et beaucoup moins cher que n’importe quelle infrastructure béton. Mais voilà, construire des bâtiments, ça paraît bien en conférence de presse. Financer des milliers de travailleuses de soins à domicile, valoriser les proches aidant·e·s épuisé·e·s, déployer des services de proximité ? Ça ne fait pas de ruban à couper.

Le maintien à domicile coûte en moyenne entre 30 000 $ et 50 000 $ par année par personne, selon les besoins. Une place en CHSLD ou en maison des aîné·e·s ? Entre 70 000 $ et 100 000 $, parfois plus. Pourtant, le discours gouvernemental reste obsédé par les infrastructures massives, comme si la vraie modernité en santé publique se mesurait en mètres carrés plutôt qu’en qualité de vie. Ce qu’on refuse de voir, c’est que la crise du maintien à domicile est intimement liée à la crise du logement : quand les loyers explosent, quand les personnes âgées sont expulsées de leurs quartiers par la gentrification, quand les logements accessibles disparaissent, vieillir chez soi devient un privilège de classe.

« Ma mère veut rester dans son quatre et demi à Hochelaga, c’est tout ce qu’elle demande », témoigne Marc, proche aidant épuisé après trois ans à jongler entre son emploi et les rendez-vous médicaux. « Mais les services à domicile sont rationnés, les préposé·e·s sont mal payé·e·s, surchargé·e·s, et moi je suis au bout du rouleau. » Cette réalité, des dizaines de milliers de familles la vivent en silence pendant que le gouvernement coupe les rubans de résidences dernier cri que plusieurs n’ont ni les moyens ni l’envie d’intégrer. Les travailleuses de soins à domicile, souvent racisées, immigrantes, précaires, portent sur leurs épaules un pan entier du système de santé sans reconnaissance ni salaire décent.

Un investissement sérieux dans le maintien à domicile impliquerait : multiplier par trois le nombre d’heures de soins financées; offrir des conditions de travail décentes aux préposé·e·s (salaire à 25 $/h minimum, protection sociale, formation continue); créer des équipes mobiles multidisciplinaires intégrant infirmières, ergo, psycho, aide domestique; soutenir financièrement les proches aidant·e·s avec des crédits d’impôt substantiels et des congés rémunérés; adapter les logements avec des subventions pour rampes, barres, équipements; et surtout, reconnaître que l’autonomie des personnes âgées est un droit politique, pas une variable d’ajustement budgétaire. Mais ça, ça demanderait de penser autrement que par pelletées de ciment.

Vieillir chez soi, c’est pouvoir garder son chat, entendre les enfants du voisinage jouer dehors, recevoir ses petits-enfants dans SA cuisine, dormir dans SON lit. C’est la dignité concrète, incarnée, ancrée dans un lieu et une communauté. Ce n’est pas du romantisme cheap : c’est une question de justice sociale et de santé publique. La vraie modernité, ce serait de bâtir un réseau de soins de proximité, décentralisé, humain, qui reconnaît que les personnes âgées ne sont pas des problèmes à gérer mais des citoyen·ne·s à respecter. Tant qu’on refusera cette révolution douce, on continuera de construire des palais vides pendant que des vies s’éteignent dans la solitude évitable de logements sans soutien.

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