On nous avait vendu la dignité. On nous livre des châteaux de béton à 800 000 $ la chambre. Les Maisons des aîné·e·s, projet phare de la CAQ, virent en cauchemar comptable : dépassements monstrueux, coûts faramineux, et pendant ce temps, des milliers d’aîné·e·s croupissent dans des CHSLD délabrés ou s’épuisent à domicile sans services. Ce qui devait être une réponse humanitaire est devenu un monument à la mégalomanie politique, une vitrine électorale bâtie sur le dos des plus vulnérables. La promesse de « jamais plus » après le massacre des CHSLD en pandémie s’est transformée en chantier pharaonique où l’argent coule à flots, mais pas vers celles et ceux qui en ont besoin.
Faisons le calcul : 800 000 $ par chambre. C’est le prix d’une maison familiale dans plusieurs régions du Québec. C’est aussi le budget qui aurait pu financer des dizaines de préposé·e·s aux bénéficiaires, des infirmières de proximité, des services de maintien à domicile pour des centaines de personnes. Mais non. On préfère couler du béton, ériger des complexes institutionnels qui ressemblent davantage à des hôtels corporatifs qu’à des milieux de vie chaleureux. Pendant que le gouvernement se gargarise de ses « belles infrastructures », les proches aidant·e·s s’écroulent de fatigue, les listes d’attente s’allongent, et les aîné·e·s perdent leur autonomie faute de soutien réel. La dignité, ce n’est pas une façade flambant neuve : c’est un préposé présent, un repas chaud, une main tendue.
Cette obsession des mégaprojets centralisés révèle l’idéologie profonde qui gangrène notre système de santé : tout miser sur l’institutionnel, au mépris du communautaire et du domicile. Pourtant, toutes les études le montrent : les aîné·e·s veulent vieillir chez elles et chez eux, entouré·e·s de leurs proches, de leur quartier, de leur histoire. Le maintien à domicile coûte moins cher, préserve l’autonomie et la santé mentale. Mais ça ne fait pas de belles photos de ruban coupé. Ça ne permet pas aux ministres de poser devant des pancartes. Alors on construit des palais, on déplace des aîné·e·s comme des pions, on arrache les gens de leur milieu de vie pour les parquer dans des tours impersonnelles. C’est une logique capitaliste appliquée au soin : centraliser, standardiser, monumentaliser. Et tant pis si ça brise des vies.
Les dépassements de coûts ne sont pas que des chiffres abstraits dans un rapport budgétaire. Chaque million gaspillé en béton superflu, c’est un million qui manque ailleurs. C’est une famille qui s’endette pour payer des services privés. C’est une proche aidante qui abandonne son emploi. C’est un aîné qui attend des mois pour une place, qui se retrouve à l’urgence, qui meurt isolé. Cette injustice est systémique : on privatise les profits (les contrats juteux aux firmes de construction), on socialise les pertes (la facture pour les contribuables), et on abandonne celles et ceux qui ont bâti ce Québec. Pendant que la CAQ parade ses « réalisations », des milliers de personnes crèvent de solitude et de négligence. Ce n’est pas de la mauvaise gestion : c’est un choix politique de classe.
Il est temps d’exiger une reddition de comptes brutale. Qui a autorisé ces dépassements? Qui profite de ces contrats gonflés? Pourquoi aucun·e responsable ne rend des comptes? La mise en scène gouvernementale ne suffit plus. On veut des audits indépendants, des enquêtes publiques, des sanctions. Et surtout, on veut un changement de cap radical : investir massivement dans le maintien à domicile, rehausser les salaires et les conditions des préposé·e·s, financer les organismes communautaires qui font le vrai travail de proximité. La dignité ne se bâtit pas en béton. Elle se tisse dans le quotidien, dans la relation humaine, dans la proximité. Nos aîné·e·s méritent mieux que des monuments. Iels méritent du soin, du respect, et notre présence. Maintenant.





