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Millionnaires en hausse et inégalités : l’analyse

L’année 2025 a marqué une progression spectaculaire du nombre de millionnaires au Canada et dans le monde. Selon les données de Capgemini et d’autres firmes financières, le club des détenteurs de plus d’un million de dollars en actifs investissables s’est élargi de façon significative, portant leur nombre à des sommets historiques. Cette croissance, nourrie par la performance des marchés boursiers, l’immobilier et les investissements alternatifs, témoigne d’une accumulation de capital sans précédent au sommet de la pyramide économique. Mais derrière ces chiffres reluisants se cache une réalité bien différente pour la majorité des ménages canadiens, qui peinent à joindre les deux bouts face à l’inflation persistante et au coût de la vie galopant.

Cette concentration accrue de la richesse n’est pas contradictoire avec la précarité croissante que vivent de nombreux travailleurs — elle en est le reflet inversé. Alors que les détenteurs d’actifs profitent de l’effet multiplicateur du capital, ceux qui dépendent principalement de leur salaire voient leur pouvoir d’achat stagner ou reculer. L’écart se creuse mécaniquement : les rendements boursiers annuels moyens dépassent largement la croissance des salaires réels, et l’accès à la propriété devient un rêve de plus en plus inaccessible pour les jeunes générations. Les millionnaires d’aujourd’hui sont souvent ceux qui possédaient déjà des actifs il y a dix ou vingt ans, bénéficiant d’un effet de levier que les nouveaux arrivants sur le marché du travail ne peuvent espérer reproduire.

Du point de vue fiscal et patrimonial, cette dynamique soulève des questions fondamentales. Le système d’imposition canadien, bien que progressif en théorie, permet aux revenus de capital de bénéficier de taux préférentiels par rapport aux revenus de travail. Les gains en capital ne sont imposés qu’à 50 %, et certaines stratégies de planification fiscale permettent aux plus fortunés de réduire encore davantage leur fardeau. Pendant ce temps, les revenus salariaux sont pleinement imposés, créant une asymétrie qui favorise structurellement l’accumulation de richesse chez ceux qui en ont déjà. Cette réalité explique en partie pourquoi le patrimoine net des ménages les plus riches augmente à un rythme sans commune mesure avec celui des classes moyennes et populaires.

Les implications concrètes de cette concentration se font sentir dans tous les aspects de la vie quotidienne. Quand une part croissante du patrimoine national se retrouve entre les mains d’une minorité, cela réduit la capacité collective à financer les services publics essentiels — éducation, santé, infrastructures — sans augmenter la pression fiscale sur la classe moyenne. Les municipalités peinent à construire des logements abordables, les universités augmentent leurs frais, et les listes d’attente dans le système de santé s’allongent. Pendant ce temps, les millionnaires investissent dans des actifs qui génèrent des revenus passifs, échappant en grande partie au financement collectif. Le contrat social se fracture quand ceux qui bénéficient le plus du système économique y contribuent proportionnellement moins.

Face à cette réalité, des solutions existent et font l’objet de débats politiques de plus en plus vifs. Un impôt sur la fortune nette, même modeste, pourrait générer des revenus substantiels tout en freinant l’accumulation excessive. Une révision du traitement fiscal des gains en capital, portant le taux d’inclusion à 75 % ou 100 %, rétablirait une certaine équité entre revenus de travail et revenus de capital. Certains économistes proposent également un impôt minimal sur les très hauts revenus, garantissant qu’aucun millionnaire ne paie proportionnellement moins qu’un travailleur de la classe moyenne. Ces mesures ne relèvent pas de l’idéologie punitive, mais d’une logique pragmatique : garantir que la prospérité économique profite à l’ensemble de la société, et non seulement à ceux qui ont déjà gagné à la loterie du capital. La question n’est plus de savoir si nous devons agir, mais quand nous trouverons le courage politique de le faire.

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