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Moteur thermique et santé publique : la mort en silence

On nous vend la transition électrique comme un gadget écolo, une affaire de bornes et de batteries. Mais derrière chaque voiture à essence qui continue de rouler, c’est une bombe sanitaire qui explose en slow motion dans nos quartiers. Des milliers de Québécois·es meurent prématurément chaque année à cause de la pollution atmosphérique, principalement celle des gaz d’échappement. Ce ne sont pas des statistiques froides : ce sont des enfants asthmatiques qui étouffent à côté des boulevards, des aîné·es dont le cœur lâche dans des logements mal isolés près des autoroutes, des travailleur·ses qui inhalent du poison en attendant l’autobus. L’électrification du transport n’est pas un luxe environnemental, c’est une urgence de santé publique que les gouvernements Legault et Trudeau ont choisi d’ignorer.

Les liens entre moteurs à combustion et maladies sont documentés depuis des décennies. Les particules fines et le dioxyde d’azote crachés par les tuyaux d’échappement pénètrent profondément dans nos poumons, provoquent asthme, MPOC, cancers et maladies cardiovasculaires. Les études le confirment : réduire massivement le parc de véhicules thermiques et électrifier les transports collectifs sauverait des milliers de vies annuellement au Québec seulement. Pourtant, Québec recule sur ses cibles de véhicules zéro émission, Ottawa tergiverse sur les normes d’émissions, et les deux paliers de gouvernement continuent de subventionner l’étalement urbain et l’auto solo. Pendant ce temps, le secteur des transports demeure le plus gros émetteur de GES au Québec, et le tueur silencieux le plus efficace dans nos rues.

Qui paie le prix fort de cette inaction criminelle? Les mêmes que d’habitude. Les quartiers populaires de Montréal-Nord, d’Hochelaga, de Limoilou à Québec sont traversés par des artères engorgées où l’air est irrespirable. Les familles qui n’ont pas les moyens de fuir en banlieue verdoyante subissent de plein fouet la pollution automobile. Les enfants qui grandissent près des grands axes routiers ont des poumons plus faibles, des capacités cognitives diminuées, un avenir hypothéqué par les choix politiques de nos élites. Les aîné·es, déjà fragilisé·es, sont les premier·ères à succomber lors des pics de smog estival. C’est une violence de classe, une injustice environnementale qui s’ajoute à toutes les autres, et qu’on refuse obstinément de nommer.

Mais attention : électrifier ne veut pas dire remplacer chaque char à essence par un VUS électrique de deux tonnes. La vraie transition passe par le transport collectif électrifié, massif, gratuit ou accessible, qui désencombre nos villes et rend l’air respirable. Métros, tramways, autobus électriques, trains de banlieue : voilà les infrastructures qui sauvent des vies, pas les Tesla garées dans les entrées de garage de Westmount. L’électrification du parc automobile individuel est un pansement sur une gangrène si elle ne s’accompagne pas d’une transformation radicale de notre modèle de mobilité. Tant qu’on continuera de construire des autoroutes et de planifier nos villes autour de l’auto, on reproduira les mêmes injustices avec des batteries au lithium.

Le coût social du retard est incalculable. Chaque année d’inaction, ce sont des centaines de Québécois·es qui meurent inutilement, des milliers d’hospitalisations évitables, des milliards en frais de santé qui explosent. Les bénéfices d’une transition rapide et juste sont pourtant massifs : air pur, villes vivables, réduction drastique des GES, économies de santé publique, emplois verts syndiqués dans les transports collectifs. Mais pour ça, il faudrait avoir le courage politique de défier l’industrie automobile, les pétrolières et les promoteurs immobiliers. Il faudrait choisir la vie plutôt que le profit. Pour l’instant, nos gouvernements ont fait leur choix. Et c’est nous qui en crevons.

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